Point de vue
Pourquoi tout le monde s’agenouille devant Mouammar Kadhafi
ANDRÉS ALLEMAND | 25.08.2009 | Tribune de Genève
Mais qu’ont-ils tous à s’humilier devant le «guide de la révolution»? Jeudi, alors que le président suisse Hans-Rudolf Merz présentait des excuses très
controversées pour l’arrestation à Genève d’Hannibal Kadhafi, l’Ecosse créait la polémique de son côté en libérant «pour raisons médicales» le Libyen condamné suite à l’attentat de Lockerbie. En échange, le Royaume-Uni aurait obtenu des avantages commerciaux, assurait vendredi Seïf al-Islam, un autre fils de Kadhafi. Londres dément.
Nombreuses couleuvres
Ces deux épisodes viennent s’ajouter à la longue liste des couleuvres avalées par des démocraties européennes. Souvenez-vous. En juin, c’est un Silvio Berlusconi gêné qui laissait Mouammar Kadhafi parader à Rome, arborant sur sa vareuse la photo du héros de la résistance à l’occupation italienne. Nicolas Sarkozy n’en menait pas large non plus en décembre 2007 à Paris, quand le numéro un libyen s’était permis de faire la leçon à la France en matière de droits de l’homme.

Il peut tout se permettre
D’où la question: pourquoi tant de manières face à l’ex-paria de la communauté internationale? Il y a peu on l’accusait encore de soutenir des terroristes (de l’IRA à l’OLP) et d’être lié à l’attentat en 1986 de la discothèque berlinoise «La Belle» (trois morts), mais surtout à celui de Lockerbie (270 morts) en 1988 et du DC-10 d’UTA sur le Ténéré en 1989 (170 morts)!
La réponse à ces questions se calcule bien sûr en espèces sonnantes et trébuchantes. Hans-Rudolf Merz l’a dit lui-même: s’il tient à «libérer les deux Suisses retenus en Libye», il veut aussi «rétablir les relations avec ce pays, des relations très importantes pour les industries suisses, actuellement exclues des marchés». Sans parler de l’or noir libyen, qui couvre près de 30% des besoins helvétiques…
«Mouammar Kadhafi peut tout se permettre! Par les temps qui courent, avec ses réserves insolentes de pétrole, il est l’un des chefs d’Etat les plus courtisés du moment», note Hasni Abidi, qui dirige à Genève le Cermam. Depuis que la Libye a renoncé aux armes de destruction massive en 2003 et commencé à dédommager les victimes d’attentats en 2004, on assiste à une véritable ruée des Occidentaux vers les juteux marchés libyens.
L’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne… Tout le monde joue des coudes pour décrocher les meilleurs contrats dans ce désert qui se voit déjà en «Dubaï» d’Afrique du Nord. Routes, constructions, distribution d’eau et d’électricité, télécoms, alimentation, santé, armement, machines industrielles, produits pharmaceutiques et chimiques… La compétition est féroce.
Le robinet des clandestins
«Mais ce n’est pas tout. Personne ne veut se mettre à dos l’homme qui peut ouvrir ou fermer à sa guise le robinet de l’immigration illégale vers l’Europe», note Hasni Abidi. Ainsi, depuis que Tripoli a serré la vis l’an dernier, dix fois moins de clandestins ont débarqué en Sicile. «Enfin, Kadhafi a su rendre ses services indispensables pour quiconque cherche à négocier avec des islamistes au fin fond du Sahara. Ou à calmer le jeu en Afrique centrale. Notamment au Darfour soudanais et au Tchad.»
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/pourquoi_tout_le_monde_sagenou/
- Publié le 25 août 2009
