Point de vue
Présidentielles en Egypte : les conditions d’El Baradei : Une lueur d'espoir?
Une déclaration spéciale a été le sujet le plus commenté en Egypte. C’est la déclaration de Mohamed EL Baradei l’éminent diplomate égyptien et le Directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, de son acceptation à se présenter aux élections présidentielles égyptiennes de 2011. Cette déclaration, si elle a nourri un sentiment d’allégresse pour une grande partie de l’opposition et surtout des jeunes d’entre elle, elle a provoqué une inquiétude réelle au sein du régime politique. Les nombreux articles dans le journal officiel « AL Ahram » dénonçant cette déclaration et critiquant EL Baradei à tort et à travers affirment ce constat. Dans ce cadre, on essayera dans cet article d’analyser les enjeux de cette déclaration ainsi que la possibilité de sa réalisation en Egypte
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Durant les derniers mois, beaucoup de voix se sont lancées avec force et visibilité, demandant la candidature d’EL Baradei aux élections présidentielles de 2011 sans même qu’il n’ait réfléchi à un tel pas. Ces voix provenaient essentiellement de deux catégories : 1) L’opposition politique et l’élite intellectuelle égyptienne. 2) Les jeunes soient ceux faisant partie des partis politique, ou des mouvements d’opposition à la tête desquels « le mouvement du 6 Avril », ou les activistes de l’internet qu’ils soient des « bloggers » ou des activistes du « Facebook ». Par ailleurs, une bonne quantité de groupes sur « Facebook » furent créé pour soutenir la candidature d’EL Baradei. Nous pouvons citer comme exemple celui appelé : «EL Baradei le candidat des élections présidentielles de 2011 » et dont le nombre a atteint jusqu'à l’heure de la publication de cette article, environ 18 000 personnes. A savoir, que ce qu’on pourrait appelé « la politique du Facebook » est devenu une affaire très connu en Egypte, surtout après la création d’un groupe qui a demandé l’établissement d’une grève générale en Egypte en solidarité avec celle des ouvriers de Mahala EL Kobra, le 6 Avril 2008 et suite de laquelle le « le mouvement du 6 avril » a vu le jour.
C’est dans ce cadre, qu’EL Baradei a présenté deux déclarations d’une importance spéciale à « AL Masry AL Youm » le quotidien égyptien. Dans la première il affirma qu’il accepte de se présenter aux élections présidentielles de 2011 et dans la deuxième, plus révolutionnaire, il affirma qu’il ne le ferait guerre sous la tutelle de n’importe quel parti de l’opposition mais plutôt en tant qu’indépendant. A savoir que, l’article 76 de la constitution égyptienne a stipulé que le candidat aux élections doit être nécessairement un membre du haut comité du partis présent depuis une année avant les élections présidentielles, à condition que le parti ait une existence légale d'au moins cinq années consécutive et qu’il ait obtenu 5% des sièges au moins dans chacune des deux Assemblées aux élections précédentes à la tenue des élections présidentielles. De ce fait, la déclaration d’EL Baradei veut dire qu’un amendement de la constitution qui a mis des conditions draconienne pour la présentation des candidats indépendants doit s’établir. Cette volonté d’établir un amendement constitutionnel a été donc celle qu’il exprima dans sa deuxième déclaration : « Je suis pour une action pacifique pour le changement de la constitution. Le changement ne pourrait avoir lieu qu’à travers une volonté populaire. Je vais travailler avec le peuple. Si le peuple arrive à changer la constitution, je serais à son service ». Cette déclaration quoiqu’ambigu, présente une importance historique pour l’Egypte car elle incarne la possibilité de l’avènement d’un changement dans une période ou on ne voyait que le fantôme de la « succession » apparaître et de plus en plus croître. Une situation qui se confirmait sans aucune alternative possible, à cause de l’emprise du pouvoir sur la vie politique d’une part et à cause de l’absence de figure crédible au sein de l’opposition d’autre part. Mais est ce que cela veut dire qu’EL Baradei est un candidat vraiment populaire qui pourrait présenter un défi au projet de la succession ou même à une éventuelle candidature du président actuel Moubarak? La réponse est oui et non. Certes, EL Baradei a tous les atouts indispensables qui font des lui un candidat potentiel: 1- C’est une personnalité qui a un poids et une reconnaissance internationale et qui a déjà reçu le prix Nobel. Par la suite, l’exercice d`acte répressif contre lui, non comme Ayman Nour, serait trop difficile à établir. 2- Au niveau interne, C’est une personnalité qui à une bonne renommée mondiale, surtout à cause de sa position ferme face aux Etat Unis lors de la guerre contre l’Irak. Par ailleurs, il présente l’image du changement non seulement face au régime politique mais aussi face à une opposition politique qui manque de crédibilité, même à ses propres yeux, surtout avec les limites qui furent mise sur son action. En revanche, si EL Baradei avec sa réclamation d’un changement constitutionnel a mis le doigt sur l’un des problèmes essentiels qui entrave la vie politique en Egypte, et qui est l’article 76, une pression populaire pour un changement constitutionnel est loin de s’établir en Egypte, au moins à l’heure actuelle. La raison étant la dépolitisation entière du citoyen égyptien ordinaire qui est resté pour des décennies loin de toute vie politique. Même, les multiples protestations sociales qui ont envahi l’Egypte depuis 2006, ne sont sorties protester que pour des raisons économiques et sociales, le côté politique étant mis ainsi à l’écart. De ce fait, considérer dans ces conditions, qu’un changement puisse avoir lieu sous initiatives populaires ne serait qu’une grande illusion. Par ailleurs, EL Baradei ne pourrait être considéré en aucune manière comme étant un candidat populaire, la demande se sa participation aux élections n’étant qu’une réclamation élitiste. Ajoutant à cela qu’avant et durant les élections la marge de manœuvre du régime reste large. A la capacité du régime de répression des « supporters » d’El Baradei qui ont commencé déjà à établir une compagne populaire pour le supporter, s’ajoute son pouvoir d’acheter des voix électorales ainsi que son pouvoir de contrôler étroitement la radio et la télévision lors des élections. Les élections de façade de 2005 en témoignent.
Dans ce contexte, on se trouve devant deux scenarios pour qu’un changement puisse avoir lieu, comme les présentent d’ailleurs l’analyste politique égyptien Amr Elshobaki : Le premier, c’est que les institutions de l’Etat (establishement) égyptien procurent leur accords à EL Baradei et puisse par suite l’imposer au Parti National Démocrate (PND) aux prochaines élections. De ce fait, contrairement aux candidats de l’opposition politique, la provenance d’EL Baradei du cœur même de l’Etat aurait son impact décisif sur une partie importante des ailes réformatrices présentes au sein même du partis au pouvoir ainsi qu’au sein de l’Etat. Le deuxième, serait la présentation d’EL Baradei comme président pour une période de transition dans laquelle un changement constitutionnelle aurait lieu. Ce scenario fut présente par ailleurs par le grand journaliste égyptien Mohamed Heckel, où il affirma la nécessité d’établir un conseil qui présiderait le pays pour une période transitoire et protégerait une nouvelle constitution naissante. Par ailleurs, le deuxième scenario apparait comme étant un peu romantique vu qu’aucune pression réelle ne pourrait contraindre le régime à l’établir. Or, les expériences de transition démocratique précédente nous ont montré que le régime en place n’accepterait d’établir des concessions que s’il se trouve contraint à le faire. Or, cette condition n’est pas encore présente en Egypte.
Ainsi, dans cette période critique de l’histoire de l’Egypte, avec la déclaration d’EL Baradei, on pourrait dire que la compagne présidentielle a déjà commencé en Egypte, reste à voir le résultat : Serait-il une consolidation du statu quo ou bien une transition vers une ouverture historique ?
Nadine ABDALLA
Doctorante à l'Institut d'Etude Politique (IEP) de Grenoble, France, Stagiaire de recherche à l'Institut d'Etude Politique de Lausanne, Université de Lausanne (Unil) et assistante de recherche associée au CERMAM
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- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/presidentielles_en_egypte_les/
- Publié le 17 décembre 2009
