Point de vue
Qui peut sauver l’Irak ?
Hasni ABIDI et Ahmed Al-Shikaki*
Le 13 juin, une explosion s'est produite à la Mosquée d'Or de Samarra, haut lieu du chiisme déjà frappé par un attentat en février 2006 et qui avait ouvert un cycle de violences confessionnelles faisant des dizaines de milliers de morts. Un haut responsable du gouvernement irakien a déclaré que l'attentat constituait une "très mauvaise nouvelle pour l'Irak". Mais les mauvaises nouvelles sont aujourd’hui le lot quotidien des Irakiens. En revanche, l’Irak s’enfonce jour en jour dans une geurre civile destructrice. Les initiatives visant à réduire la violence sont disormais suspendues jusqu’à nuvel ordre. Dernière initiative : la réunion à laquelle ont participé, début mai, les pays voisins de l'Irak, les membres du G8, les Nations Unies, l'Union européenne et l'Organisation de la conférence islamique (OCI) et qui fait suite à celle qui s'est tenue sans résultat concret le 10 mars à Bagdad. Lancée le 28 juillet 2006 par le Gouvernement irakien et les Nations Unies avec l'aide de la Banque mondiale, cette initiative prévoit "un partenariat entre l'Irak et la communauté internationale" afin d'aider le pays à se reconstruire et à poursuivre son développement politique, économique et social dans les cinq prochaines années.

La communauté internationale a réaffirmé son appui au gouvernement irakien, si celui-ci se plie à certaines conditions. De son côté, Bagdad a déclaré sa volonté de réaliser ces exigences et de parvenir à la stabilité. Dans ce contexte, Le Contrat international d'objectifs pour l'Irak, l'ICI, constitue un accord entre les diverses parties de la communauté internationale. Un accord minimal et symbolique, car ces parties divergent considérablement, tant pour leur perception de la crise irakienne que pour leurs intérêts. Et les obstacles ne manquent pas. L'administration Bush souhaite rallier un soutien international pour améliorer son image à l'étranger, mais aussi à l'intérieur, face aux électeurs américains et au Parti démocrate. Elle tente de créer un parachute international pour faciliter un retrait futur probable de l'Irak, d'ailleurs réclamé récemment par le Congrès. En vue de sortir du bourbier irakien, les États-Unis renforcent donc leur action diplomatique, surtout vis-à-vis de la Syrie et de l'Iran.
Avec la Syrie, les pourparlers ont été centrés sur l'Irak et ont négligé la crise libanaise, ce qui montre à quel point le dossier irakien est devenu prioritaire pour le gouvernement américain. Mais Damas n'est pas disposé à coopérer pour stabiliser la situation en Irak si Washington ne lui fait pas de concessions en ce qui concerne la création d'un tribunal international pour le Liban et les négociations de paix avec Israël, qui achoppent sur le problème du Golan. De même, l'Iran n'aidera pas les États-Unis à trouver une solution positive à la crise irakienne sans contrepartie sur la question nucléaire et la reconnaissance du régime de la révolution islamique.
Par ailleurs, on attend des pays arabes qu'ils fassent un geste pour ce qui est de la dette et des compensations irakiennes. La suppression de ces obligations financières, qui sont un fardeau pour les Irakiens, pourrait renforcer leurs liens avec les pays arabes donner l'impression que ces derniers s'efforcent de ne pas les abandonner à leur triste sort. Quant au gouvernement irakien, il a jusqu'ici échoué sur tous les plans : sécurité, institutions politiques, économie, problèmes sociaux. Or, accorder de l'argent à l'Irak sans un environnement stable et sûr et sans infrastructures convenables n'améliorera pas la situation, cet argent risquant d'être détourné massivement. La confiance fait défaut entre les partis politiques irakiens, y compris au sein du gouvernement. Le projet de réconciliation nationale est dans l'impasse, la violence interconfessionnelle s'accroît, les différends sur la Constitution et la répartition des recettes publiques ne sont pas résolues.
Sur le plan régional, la plupart des acteurs ne semblent pas rechercher activement une solution à la crise irakienne, mais tous leurs efforts paraissent se limiter à circonscrire les violences au territoire irakien et à empêcher leur diffusion dans la région. Alors que le gouvernement américain continue de privilégier, sur le terrain, une solution militaire qui a montré ses limites, le succès de ce contrat international ne sera pas chose facile. Il demande d'abord à l'Irak un engagement et une volonté nationales de respecter et d'accomplir ce contrat, ensuite des garanties internationales pour presser le gouvernement irakien à le réaliser.
*Hasni Abidi. Directeur du Cermam
Ahmed Al-Shikaki. Politologue au Cermam
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/qui_peut_sauver_lirak_1/
- Publié le 3 juillet 2007
