Point de vue
Réaction européenne et américaine face aux attentats de « Nag Hamadi » en Egypte : Quels enjeux ?
Le 6 janvier, réveillon du Noël copte, trois assaillants avaient ouvert le feu sur des fidèles à leur sortie de la messe de minuit, à « Nag Hamadi », à quelque 700 km au sud du Caire. Sept personnes sont tuées : Six coptes et un policier musulman. L’attentat a en outre fait une vingtaine de blessés coptes. Ces attentats marquant un vrai signal d’alerte ont suscité beaucoup de réactions en Europe aussi bien qu’au Etats Unis. Dans cet article, on essayera d’analyser ces réactions, ainsi que les significations qu’elles donnent et les enjeux qu’elles marquent.
![Egyptians[1].jpg](http://www.cermam.org/fr/logs/Egyptians%5B1%5D.jpg)
La délégation américaine des libertés religieuses un des organismes dépendant du ministère des affaires extérieurs américains, s’apprêtant à publier son rapport annuel sur l’état des libertés religieuses au monde en avril prochain, a établit une visite au Caire deux semaines après les attentats de « Nag Hamadi » dont le but est la révision actuelle de l'état des libertés en Égypte. Si la visite était déjà planifiée depuis deux mois avant, ces derniers attentats ont incité la délégation à penser d'explorer la possibilité de conversion du statut de l'Egypte de la liste de « important à surveiller», qui est relatif aux pays qui ont besoin de surveillance en ce qui concerne les questions des libertés à celle « d’Etat spécial » et qui est relatif aux Etats dont la situation des minorités nécessite un suivi, ce qui signifie certainement un appel pour un plus grand suivi de la question des droits de l’homme par les Etat Unis, tant elle se détériore aux yeux de cette délégation. Cette délégation a par ailleurs exprimé au Conseil Nationale des Droits de l’Homme en Egypte le mécontentement du « lobby » copte aux Etats-Unis vis-à-vis de la situation des coptes en Egypte dont la situation va en se dégradant. Dans le même contexte, Tamara Coffman, le vice-secrétaire d’Etat adjoint pour le Moyen Orient a fait plusieurs rencontres avec les responsables et les activistes des droits de l’homme en Egypte, discutant par ailleurs les attentas de « Nag Hamadi ».
Quant au Parlement Européen, il a insisté dans sa réunion à Starsbourg à faire sortir une déclaration montrant son inquiétude vis-à-vis de ces attentats, une déclaration beaucoup plus alléger que le « brouillon premier » dans lequel les attentats furent vivement condamnés et le gouvernement égyptien fut pointé du doigt, le rappelant qu’il devait respecter les principes démocratiques et la liberté de dogme, comme le partenariat euro-méditerranéen le souligne. Certes, la différence entre le « brouillon » et la version finale revient aux efforts de la diplomatie égyptienne qui voulait bien sûr embellir l’image extérieure du régime.
Mais est ce que ces diverses déclarations constituent –elles un moyen de pression sur le régime égyptien ? La réponse est certainement non.
La raison étant la prévalence des intérêts stratégiques sur ceux pourrait-on dire « normatifs». Ainsi, si le régime Bush s’est fait de la promotion de la démocratie et des droits de l’homme après le 11 septembre une politique spéciale, le nouveau président des Etats-Unis a quant à lui, considéré cette question comme une affaire intérieur, encouragée certes par les Etats-Unis, mais qui ne devrait en aucune manière être le sujet d’intervention externe. Le discours de Barack Obama à l’Université du Caire, le 4 juin passé, libérant la politique de démocratisation américaine de son teint idéologique, confirme cette nouvelle approche. De ce fait, la nouvelle administration américaine plus réaliste et se rendant compte que ses intérêts stratégiques prévalaient le plus, a renoncé a une politique de promotion de la démocratie qui ne s’avérait que contradictoire avec ses intérêts. De ce fait, le rapport de la délégation très critiquant soit-il ne changerait en rien un partenariat stratégique qui ne se fait que renforcer surtout après le délaissement de l’ancienne politique américaine dites « promotion de la démocratie ».
Si le partenariat stratégique qu’a l’Egypte avec les Etats-Unis lui sert de levier sûr, cette importance stratégique lui est favorable aussi en ce qui concerne ses relations avec l’Union Européenne. Par ailleurs, la réaction égyptienne relativement indifférente face à cette déclaration en comparaison à celle très disproportionné (ou le ministre égyptien des affaires extérieurs a retiré les 27 ambassadeurs égyptiens des pays européens) face à la déclaration du parlement européen critiquant la situation des droits de l’homme il ya deux ans, ne sont que les deux côté de la même médaille. Si cette réaction exagérée servait de menace d’un pays qui se fier à son poids régionale, l’indifférence relative actuelle face à cette déclaration reflète cette même confiance. Le régime égyptien connait très bien que l’Union Européenne n’est pas en mesure d’exercer sur lui des pressions réelles, tant il est parfaitement assuré que cette dernière, tient à préserver ses intérêts stratégiques en Égypte. Le refus du Caire de ratifier le plan d’action relatif à la politique de voisinage européenne en 2007 tant qu'une obligation d'aborder la question des droits de l'homme avec l'UE y est inscrite, malgré tous les avantages que pourrait lui apporter cette ratification, confirme cet excès égyptien de confiance. Ainsi, le gouvernement égyptien a su mettre l'UE face à un jeu à somme nulle : ou bien les Européens insistent pour faire ratifier un plan d'action plus au moins strict en matière de réforme politique et de droits de l'homme, au risque de voir échouer des négociations déjà très longues et très difficiles avec un pays d'une importance stratégique certaine, ou bien accepter de ratifier le plan d'action tel quel au risque de voir diminuer leur crédibilité en tant que promoteurs des droits de l'homme. L'UE a sans doute choisi la deuxième option car, pour elle, perdre en partie sa crédibilité en matière de droits de l'homme est préférable à la perte de toute la crédibilité de sa nouvelle politique de voisinage, ce qui risque d'arriver si l'Égypte n'en fait pas partie.
Reste à dire que si les pressions européennes ou américaines très fades soient-elles réussissent, ils n’arrivent qu’à obliger le régime égyptien - dont l’importance stratégique sert de levier- à mettre en place des mesures cosmétiques de protections des droits de l’homme, c’est donc la politique très connu du régime : « Tout changer pour ne rien changer » qui en découle !
Nadine ABDALLA
Doctorante à l'Institut d'Etude Politique (IEP) de Grenoble, France, Stagiaire de recherche à l'Institut d'Etude Politique de Lausanne, Université de Lausanne (Unil) et assistante de recherche associée au CERMAM
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/reaction_europeenne_et_america/
- Publié le 1 février 2010
