Point de vue
Sabah al-Ahmad al-Sabah, l’émir du compromis
Après seulement dix jours de règne, l'émir du Koweït, le cheikh Saad al-Abdallah al-Salem al-Sabah, depuis longtemps malade, était déposé le 24 janvier 2006 en raison de son état de santé, sa place étant promptement occupée par son Premier ministre et cousin, le cheikh Sabah al-Ahmed al-Sabah. Cette succession marque une rupture avec la tradition dynastique koweïtienne, qui prévoit l'alternance des deux branches de la famille al-Sabah au sommet du pouvoir. En fait le cheikh Sabah, qui était déjà souverain de facto depuis le milieu des années quatre-vingt-dix à cause de la santé incertaine de l'émir de l’époque et de son prince héritier, appartient à la même branche que feu le cheikh Jaber, celle des al-Jaber, tandis que le cheikh Saad est issu des al-Salem. Si une telle décision, sans précédent, cache selon certains une bataille dynastique, la confiance et le soutien exprimés publiquement à l'adresse du cheikh Sabah par la majorité des al-Salem ont certainement permis d’éviter une crise. En outre, le choix de passer par le Parlement pour procéder à la destitution de l'émir Saad a eu pour effet de renforcer le système constitutionnel.
Le cheikh Sabah, demi-frère de l'émir précédent, est connu pour ses tendances libérales et apprécié pour sa grande expérience politique. Il a déjà remplacé le cheikh Saad au poste de premier ministre en 2003, lorsque feu l’émir Jaber, en réponse aux demandes des réformateurs koweïtiens en faveur d’une séparation des fonctions de Premier ministre et de prince héritier, a détaché ces deux charges. Auparavant, le cheikh Sabah avait été, en particulier, ministre des Affaires étrangères de 1963 à 2003, et il avait déterminé à ce titre le parcours diplomatique de son pays. Il est fort probable que les relations internationales du Koweït connaîtront la continuité, surtout en ce qui concerne l'amitié avec les pays occidentaux et les liens étroits avec les États-Unis, forgés à l'époque de la guerre du Golfe. Du reste, depuis l'escalade du conflit irakien, ces liens sont devenus controversés et ont exposé le gouvernement koweïtien à des critiques virulentes, sur le plan tant intérieur que régional.

Le nouvel émir restera aussi probablement, à long terme, dans la ligne des réformes entamées par le cheikh Jaber. C’est en fait le propre gouvernement du cheikh Sabah qui, en dépit d’une opposition très forte, a concédé le droit de vote aux femmes en 2005. La même année, la première femme ministre était nommée, au portefeuille de la Planification, dans un climat de protestations enflammées. Le conflit actuel autour des élections témoigne de la lutte d’influence que se livrent le courant conservateur et les réformistes, et il aura sans doute des conséquences sur l’équilibre au sein de la famille Al Sabah.
Le décès de plusieurs souverains des pays du Golfe en peu de temps souligne que le problème principal qui se pose actuellement pour les dynasties et les Etats de la région est constitué par le vieillissement de son leadership prudemment réformiste et par les conséquents conflits potentiels nés de la transition vers une génération plus libérale.
-- Chiara Sulmoni
Assistante de recherche au CERMAM
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- Publié le 18 juillet 2006
