Lettre du Cermam

Point de vue

Le Referendum sur les Minarets: Réflexions sur la citoyenneté des Musulmans

Le 29 novembre, un jour célèbre en Suisse. C’est le jour du résultat du referendum Suisse sur l’initiative concernant l’interdiction des minarets. Le résultat du referendum fut inattendu. Environ 57% de Suisses ont voté OUI pour l’iniative. Un résulat qui, s’il a causé la surprise en Suisse et en Europe, l’indignation des pays arabes et musulmans, il a causé aussi une grande fissure en ce qui concerne le concept même de la “citoyeneté”, qui est apparu suite à ce reusltat comme remis en question.


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La citoyenneté selon la théorie du contrat social de Jean Jacques Rousseau implique que l'on fait partie d'un corps politique, un État et que l'on a dans ce corps politique des droits et des devoirs. De cette notion, deux résultats pourraient être tiré : 1- Etre citoyen veut dire être complètement égale à son prochain citoyen vivant dans le même Etat, du point de vue l’acquisition des droits. 2- Le citoyen possède un devoir envers l’Etat et qui est celui d’être « un citoyen active », jouant un rôle essentiel dans la participation politique et la vie publique.

Compte tenu du premier résultat relatif à l’égalité des droits entre tous les citoyens, une question surgit : Est ce qu’on ne pourrait pas dire que le résultat du referendum pourrait être considéré d’une certaine manière comme une violation visible du concept de la « citoyenneté » puisqu’il a transformé une certaine catégorie ou minorité (les immigrés musulmans) en des citoyens de second degré n’ayant pas le droit de jouir des même droits que les autres citoyens ? Si on répond par non cela voudrait dire qu’on qualifie de libérale une décision qui prive une certaine catégorie de personne de leur droit à choisir l’apparence de l’endroit dans lequel ils prient. Or, cette décision n’est non seulement illibérale et en contradiction avec les principes de la Cour Européenne dont la Suisse fait partie mais aussi elle est inconstitutionnelle. Si on répond par oui, cela impliquerait que les immigrés musulmans se perçoivent comme discriminés en Suisse. Mais est ce que les immigrés musulmans en Suisse se sentent-ils vraiment discriminés? Si cela est vrai, les musulmans de Suisse n’auraient pas cherché à calmer les pays arabes et musulmans qui n’avaient pas cessé de sortir des déclarations critiquant ce résultat. Ils ont même déclaré qu’ils sauraient se débrouiller et qu’ils n’ont besoin d’aide de personne, une réaction qui reflète un haut niveau de patriotisme et de citoyenneté. Cela ne veut certainement pas dire que les musulmans sont satisfais du résultat, certes ils ne le sont pas. Mais comment expliquer cette contradiction entre la violation de leur droit en tant que citoyen et ce sentiment de paisibilité qu’ils expriment? Ne pourraient-on pas dire que cela provient du fait que les immigrés musulmans - surtout ceux des pays arabes- sont sûr que leur situation en Suisse (même avec ce résultat décevant) est meilleur que celle dans laquelle ils vivaient dans leur pays d’origine, puisque ce pays d’accueil est plus démocratique et plus riche. Et si la réponse est oui, est ce que cela ne crée pas une logique dans laquelle le concept de « citoyenneté » devient tributaire dans le pays d’accueil de l’Etat politique du pays d’origine ? En d’autres termes, les immigrés musulmans ne sont-ils pas perçus comme source d’inquiétude non à cause de leur identité culturelle ou religieuse différente mais plutôt à cause de leur identité politique ? Je pense que la réponse est oui, la preuve étant la manière avec laquelle on perçoit un immigré turque provenant d’un pays démocratique n’est la même que celle avec laquelle on perçoit un immigré musulman provenant d’un pays arabe autoritaire, même si les deux pays sont des pays à majorité musulmane. D’autant plus que les événements du 11 septembre ont produit une certaine phobie vis-à-vis des musulmans provenant des pays arabes. Certainement cette état des choses, crée une certaine dialectique reconfigurant le contrat social de manière à ce que des droits partiellement violés sont octroyé en contrepartie d’une allégeance plus au moins complète.


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Compte tenu du deuxième résultat relatif au rôle du « citoyen actif », ne pourrait-on pas dire que les immigrés musulmans ont resté pendant le temps de la compagne sur l’initiative des minarets plus ou moins silencieux ne sentant pas que l’initiative les menaçait ? Pour répondre à cette question, on pourrait avancer deux hypothèses : 1- Les musulmans se sentant intégré comme citoyen n’ont pas voulu participer dans une compagne relative à une initiative qui a une allure sectaire. 2- Les immigrés musulmans ne sont pas des citoyens actifs, ils sont désintéressés à la participation politique en tant que tel. La première hypothèse est plus vraisemblable car elle confirme le fait que les immigrés musulmans sont fiers de leur citoyenneté qui prévale sur leur identité religieuse. Leur réaction face au résultat du referendum – comme on l’a déjà mentionné- le confirme par ailleurs. Mais en même temps cette réaction silencieuse si elle reflète un certain degré de patriotisme, elle reflète aussi cette peur d’exprimer son identité religieuse de peur d’être catégorisé. C’est une peur qui confirme par ailleurs cette même logique d’un contrat sociale modifié.


Reste à dire, que tant que le pays d’origine resterait condamné d’autoritarisme et de retardement économique, tant on assisterait à une reconfiguration renouvelable du contrat sociale et par suite de la logique citoyenne.

Nadine ABDALLA

Doctorante à l'Institut d'Etude Politique (IEP) de Grenoble, France, Stagiaire de recherche à l'Institut d'Etude Politique de Lausanne, Université de Lausanne (Unil) et assistante de recherche associée au CERMAM

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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/vue/suite_au_resultat_du_referendu/
  • Publié le 23 avril 2010