Point de vue
Verra-t-on bientôt la fin de la crise?
Plusieurs signes positifs laissent entrevoir la fin du conflit et la libération des deux otages suisses retenus depuis bientôt un an en Libye. Trois scénarios se dessinent.
Bientôt la fin? Cette question, les deux otages suisses retenus en Libye doivent se la poser tous les jours. Frappés d'une interdiction de quitter le territoire libyen en représailles à l'arrestation du fils Kadhafi le 15 juillet dernier à Genève, cela fait bientôt un an qu'ils sont retenus à Tripoli.
Pourtant, plusieurs indices montrent aujourd'hui que l'issue de la crise diplomatique entre la Suisse et la Libye et leur éventuelle libération semblent toutes proches. Il y a d'abord eu le voyage de Micheline Calmy-Rey, il y a quelques semaines, à Tripoli.
Nouveau signe positif
Puis, la semaine dernière, nouveau signe positif: la ministre des Affaires étrangères a expliqué qu'une rencontre entre Hans-Rudolf Merz et Muammar Kadhafi était envisageable.
«Je suis prêt à m'engager personnellement», a surenchéri le président de la Confédération. Mais il a surtout révélé que c'est une «personnalité d'un pays du Golfe» qui l'a approché lors d'une visite effectuée aux Emirats arabes unis pour organiser la rencontre au sommet. En clair, le clan Kadhafi a fait un pas vers la résolution du conflit en envoyant cet émissaire.
Issue honorable
Reste donc à savoir comment les deux pays pourront trouver une issue honorable au conflit. Autrement dit: comment Kadhafi pourrait restaurer l'honneur de sa famille qu'il estime bafoué par la Suisse sans pour autant que la Confédération présente des excuses qu'elle trouve inacceptables? Trois scénarios de sortie de la crise sont possibles... Le directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen de Genève, Hasni Abidi, précise même qu'une «combinaison des trois serait bénéfique».

DE QUOI ON PARLE?
Diplomatie Après l'arrestation du fils Kadhafi à Genève, les relations entre la Suisse et la Libye ne cessent de se dégrader. Mais avec l'annonce d'une éventulle rencontre entre Hans-Rudolf Merz et le président de la Confédération laisse entrevoir la fin du conflit.
Rappel des faits
15 juillet 2008 Hannibal Kadhafi et sa femme, Aline, sont arrêtés à l'Hôtel Wilson à Genève. Ils sont inculpés de maltraitance envers leurs deux domestiques, puis remis en liberté contre une caution de 500 000 francs.
19 juillet 2008 Deux ressortissants suisses, dont Max Göldi, un employé d'ABB, et un Vaudois de 68 ans, sont arrêtés en Libye. Ils seront libérés sous caution mais ne peuvent quitter le pays et vivent dans l'angoisse à l'ambassade de Suisse à Tripoli.
22 avril 2009 Une manifestation de soutien est organisée à Genève. La situation diplomatique est dans l'impasse. Tripoli exige des excuses de la Suisse. Des entreprises helvétiques ont dû fermer leurs bureaux en Libye. Et une plainte a même été déposée contre la justice genevoise.
29 mai 2009 Micheline Calmy-Rey revient d'un voyage en Libye. Peu d'informations filtrent si ce n'est qu'elle a rencontré plusieurs membres du gouvernement Kadhafi.
Scénario 1 Merz rencontre Kadhafi
Ce qui plaide pour: «Une réconciliation sous la forme d'une rencontre est avantageuse pour les deux parties», explique le spécialiste Hasni Abidi. D'un côté, les Suisses ne peuvent être accusés d'avoir courbé l'échine puisque l'invitation ne vient pas d'eux. De l'autre, les Libyens seront satisfaits qu'un pays du Golfe - le clan cite souvent Dubaï en exemple - joue les intermédiaires. Pour les Libyens, le fait que deux pays arabes soient présents à la même table «contre» un seul Etat occidental donne déjà, dans la forme, raison au clan Kadhafi. La Suisse pourrait bien y trouver aussi son compte: en effectuant un déplacement dans ces conditions, Hans-Rudolf Merz n'aurait plus forcément besoin de formuler des excuses explicites à la Libye. Le voyage suffirait en quelque sorte à symboliser en lui-même les excuses. «Dans le monde arabe, rappelle le spécialiste genevois, ce sont les actes et les paroles qui priment. Bien plus qu'une lettre, un fax ou un télégramme.»
Ce qui plaide contre: Il n'est pas exclu que Muammar Kadhafi insiste jusqu'à la fin pour obtenir des excuses formelles. Comment le président de la Confédération ferait-il pour les présenter? Parlerait-il seulement de regrets? Toute la difficulté consiste, en fait, à organiser cette rencontre au sommet. Il s'agit pour la Suisse d'obtenir toutes les garanties sur un retour à la normale dans les relations bilatérales et surtout sur la libération des otages. Et tout cela avant même que la rencontre n'ait eu lieu. Le président de la Confédération ne peut se permettre ce déplacement sans une contrepartie claire. L'opinion publique suisse ne le comprendrait pas. Mais, surtout, la Suisse aurait ainsi épuisé toutes ses cartouches diplomatiques sans avoir d'autres moyens de sortir de la crise. Ce scénario est celui qui permettrait le plus sûrement d'aboutir à une sortie de crise, mais il est aussi le plus risqué: il est condamné à réussir d'avance.
Scénario 2 Micheline Calmy-Rey trouve une solution avec Moussa Koussa
Ce qui plaide pour: Lors de son récent voyage à Tripoli, Micheline Calmy-Rey a rencontré le premier ministre Baghdadi Mahmudi, un membre du clan Kadhafi. Mais surtout le tout nouveau ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, nommé au mois de mars de cette année. C'est ce deuxième membre du gouvernement, ancien chef du renseignement extérieur, qui semble être l'homme le plus important. «Muammar Kadhafi a deux oreilles, l'une est occupée par son fils Moatassim, résume Hasni Abidi. La deuxième, c'est Moussa Koussa qui en a le privilège.» Jusqu'à présent, la Suisse tentait de négocier avec l'ancien ministre des Affaires étrangères, tombé depuis longtemps en disgrâce. Cette fois, la diplomatie suisse utilise donc enfin un canal direct avec le président libyen. Une démarche qui pourrait s'avérer payante.
Ce qui plaide contre: Selon une source diplomatique qui a récemment effectué un voyage en Libye, le clan Kadhafi reproche à la diplomatie suisse de ne pas avoir su l'approcher plus rapidement. Il ne s'agit probablement que d'une maladresse de la part des autorités suisses peu habituées à gérer ce genre de conflit, mais les Libyens semblent avoir interprété ce cafouillage comme une volonté délibérée de la Confédération de laisser traîner le dossier. Dans ces conditions, un changement d'interlocuteur ne peut être que bénéfique. En clair: que Micheline Calmy-Rey laisse Hans-Rudolf Merz mener la phase finale des négociations.
Scénario 3 Kadhafi fait un geste pour mettre fin à la crise
Ce qui plaide pour: Selon une source bien informée, le colonel Kadhafi n'a appris que récemment la vérité sur les agissements précis de son fils Hannibal à Genève. Jusque-là, il pensait que son fils avait été injustement arrêté et se sentait donc bafoué dans son honneur. Mais, depuis, il serait revenu à de meilleurs sentiments après avoir pris conscience des actes de son fils. Dans ces conditions, il pourrait mettre de lui-même fin à la crise diplomatique. «Kadhafi aime endosser le rôle du sage, qui sait prendre les bonnes décisions au bon moment, confirme Hasni Abidi. Il aime aussi montrer qu'il est capable, seul, de mettre fin à un conflit qui a duré si longtemps.»
Ce qui plaide contre: Muammar Kadhafi adore les bras de fer avec l'Occident. Il l'a prouvé avec les infirmières bulgares. Pour le faire céder, il aura fallu huit ans de négociations, le poids diplomatique de toute l'Union européenne, ainsi que des millions d'euros. Plus récemment, pour obtenir un retour à la normale des relations économiques avec la Libye, Silvio Berlusconi a dû présenter des excuses au colonel pour la période coloniale de l'Italie et promettre plusieurs milliards d'euros d'investissements pour ces prochaines années. En Libye, beaucoup de dignitaires se disent: si l'Italie a présenté des excuses, pourquoi un petit pays comme la Suisse n'en ferait pas de même? Une confusion de trop, selon Hasni Abidi: «Expliquer la Suisse aux Libyens est une priorité.»
Fabian Muhieddine - Le Matin
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/vue/verraton_bientot_la_fin_de_la_1/
- Publié le 30 juin 2009
