Lettre du Cermam

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La réaction Arabe et Musulmane face à l’interdiction des minarets:

Le 29 novembre, un jour célèbre en Suisse. C’est le jour du résultat du referendum Suissesur l’initiative concernant l’interdiction des minarets. Une initiative qui pourrait etre decrite non seulement comme étant illiberale mais aussi inconstitutionelle. Le résultat du referendum fut inattendu. Environ 57% de Suisses ont voter OUI pour l’iniative. Un résulat qui, s’il a causé la surprise en Suisse et en Europe, il a été le sujet d’une indignation par excellence et des critiques profondes de la part des pays arabes et musulmans. Dans cette article, on essayerait donc de jeter la lumière sur la réaction médiatique, religieuse et gouvernementale dans ces pays

1- La réaction médiatique:

La réaction des medias fut certainement virulente. Sentiment d’incompréhension, de mécontentement étaient visibles. Les critiques affluèrent à torrent sous le poids du mauvais sentiment du rejet que le résultat du vote exprima. Au Koweit, le quotidien «Al-Watan» a affirmé que tout cela témoigne «d’une régression des mentalités européennes, d’un retour au Moyen Age et d’un désir d’élimination d’autrui». Les propos du journal algérien «Al-Shourouq» ne sont guère plus flatteurs. Sous le titre «Quatre minarets ébranlent la Suisse et l’arrachent à sa neutralité», il fait porter la responsabilité du vote à la Confédération qui a autorisé l’initiative anti-minarets. A son tour, le journal « AL Jordanien AL Destour » estime que le résultat du récent référendum en Suisse, reflète le «résultat de l'offensive politique et médiatique contre l'islam et les musulmans après les attentats du 11 Septembre 2001 ». Pour sa part, le journal indépendant egyptien AL Destour a exhorté, l’opinion publique égyptienne, arabe, et les gouvernements islamiques à ne pas sous-estimer la décision suisse, indiquant comment la haine des Juifs s’est transféré des milieux publics et intellectuels à la communauté politique ce qui a ouvert la voie à l’Holocauste par l'Allemagne nazie. Le journal libyen «Al-Shams» exprima quant à lui la réaction la plus grave puisqu’il proposa aux musulmans de retirer leurs avoirs des banques suisses et de les boycotter commercialement et touristiquement.

2- La réaction religieuse:

Certes, le résultat a été le sujet de l’indignation des figures religieuses qui ont vu en lui une humiliation aux musulmans et une contradiction avec les droits de l’homme dont l’occident se prône comme défendeur. Notamment le Sheikh Ali Gomaa, le Grand Mufti d'Egypte a considéré que ce résultat n'est pas seulement une attaque contre les libertés religieuses, mais aussi une tentative d'humilier la communauté musulmane. À son tour, le Grand Mufti de Jérusalem et des régions palestiniennes et Président du Conseil de la Fatwa, le Sheikh Mohammad Hussein a dénoncé le résultat et a exprimé son regret que le referendum a ouvert un vaste champ d'opinions opposées à l'islam. Quant à elle la réaction du Sheikh Yusuf al-Cheikh Qaradawi, président de l'Union internationale des oulémas musulmans fut virulente. Dans une déclaration au nom de l'Union, il affirma : «Aujourd'hui les minarets et demain les mosquées". Il ajouta: « Les résultats du référendum ont dévoilé la "contradiction flagrante" entre la démocratie suisse et la liberté de religion d’une part et le contenu raciale et l’Islamophobie exprimé par ce référendum d’autre part. Au Liban aussi, l'autorité religieuse chiite libanais Sayyed Mohammed Hussein Fadlallah a condamné à le résultat et l’a inclus dans le cadre d'une campagne « de défiguration » de l'Islam qui mène à une situation de «discrimination» contre eux. Cependant, l’indignation des figures religieuses ne les a pas empêchés à rationaliser le peuple musulman et l’inviter au dialogue. Ainsi, le Sheikh Fadlallah a demandé aux musulmans d’être positif avec leurs collègues suisses, même avec ceux qui ont voté pour la décision d'interdire les minarets en Suisse et de ne pas se choisir la violence sous le poids de cette discrimination». Les propos du Mofti égyptien coïncident avec cette demande: «Il ne faut surtout pas exploiter de manière erronée ce résultat pour réaliser des buts politiques, mais le considérer comme étant un appel pour la construction de plus de coopération et d'harmonie entre nos diverses religions et sociétés, avec un nouvel esprit.»

3- La réaction officielle:

Si les politiciens ont exprimé leur condamnation d’un tel résultat, en revanche, leur réaction fut quant même plus au moins équilibré, demandant une révision de ce résultat et une remédiation à cette situation. Ainsi, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté la Suisse à réparer cette «erreur» et à «faire marche en arrière dans les plus brefs délais». Pour le chef du gouvernement turc, ce référendum est «le reflet d'une montée d'une vague de racisme et de l'extrême-droite en Europe». Selon un communiqué publié par le Bureau du porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères: "Le résultat du référendum organisé en Suisse ne sert pas les efforts internationaux pour l'harmonie et la tolérance entre les religions dans le monde." Il a exprimé l'espoir que "le Gouvernement suisse pourrait traiter de la question avec sagesse et arrêter l'application de cette résolution dans le pays". Quant à lui, Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue Arabe, a déclaré que cet acte porte atteinte aux droits des musulmans résidant en Suisse qui ont parfaitement le droit d'exercer leur culte dans des mosquées, selon les principes fondamentaux des droits de l'homme et des conventions internationales. Il a exprimé l'espoir que pour remédier à cette situation il y aurait un recours aux tribunaux et aux responsables des droits de l'homme, soulignant l'importance de débattre de cette question avec le ministre suisse des Affaires étrangères suisse lors de sa prochaine visite dans la région. Pour sa part, Ihsan Oglu Ekmeleddin, le Secrétaire général de l'Organisation de la Conférence islamique, a exprimé dans un communiqué sa "déception et l'inquiétude quant à l'issue du référendum." Pour lui, ce résultat reflète l'hostilité croissante exprimée par une extrême droite -raciste et anti-immigration étrangère et musulmane en Europe. Cette dernière se dresse face à l'attitude rationnelle, logique et même contre les valeurs mondiales". Dans certains cas le résultat fut exploité par les autorités en place. Ainsi, le ministre des Affaires étrangères égyptien, Ahmed Aboul Gheit, a décrit cette imitative comme une « erreur» et affirma que dorénavant l'Europe ne serait point en mesure de dicter l’Egypte des leçons dans le domaine des droits de l'homme.

Ainsi, si l’initiative a été approuvé avec toute les ressentiments inutiles qu’elle a engendrés, reste à voir si un recours à la cour européenne des droits de l’homme pourrait remédier à un résultat qui n’a fait que créer des malaises à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur de la Suisse, un malaise qui n’était guerre présent auparavant.

Nadine ABDALLA

Doctorante à l'Institut d'Etude Politique (IEP) de Grenoble, France, Stagiaire de recherche à l'Institut d'Etude Politique de Lausanne, Université de Lausanne (Unil) et assistante de recherche associée au CERMAM


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  • Origine CERMAM
  • http://www.cermam.org/fr/logs/zoom/la_reaction_arabe_et_musulmane/
  • Publié le 10 décembre 2009