Recherches en cours

Les défis du développement technologique pour les pays en développement

Le développement technologique trouve sa source dans la primauté de l’effort national de la Recherche & Développement (R&D). L’absence de cet effort dans les pays en développement explique la dépendance de ces derniers vis- a - vis de l’extérieur. Cette dépendance accentue leur retard technologique et entrave leur développement économique et social. Dans ces conditions, la mise en oeuvre de politiques technologiques nationales doit être considérée en tant que condition nécessaire menant ces pays vers la voie de la croissance. Cette mise en œuvre implique de faire face à plusieurs limites qui représentent les vrais défis du développement technologique de ces pays.


Si on veut identifier les défis du développement technologique, on pourra dire que le principal est celui de la conception et de la mise à niveau d’une politique technologique axée sur une stratégie globale et des objectifs ciblés.
Un vrai développement technologique est inconcevable sans une réelle politique dans ce domaine. Dans ce contexte, la mise à niveau de cette politique implique la mise à niveau des autres politiques à savoir celle de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, la politique économique, financière, fiscale et étrangère. Ceci dit, la mise à niveau de la politique technologique s’inscrit dans le cadre de la mise à niveau de la politique globale. En effet, il ressort que les limites réglementaires, institutionnelles et financières à l’investissement en technologie et à la recherche scientifique dans les pays en développement PED représentent les vrais défis de leur développement technologique.

1) Les défis réglementaires :
Au moment ou l’investissement immatériel continue à occuper une place de plus en plus grande dans les stratégies économiques des pays développés, il est complètement absent dans celle des PED. Pourtant l’amélioration de la compétitivité internationale de leurs économies et les enjeux imposés par la mondialisation et la régionalisation, exigent la mise en place de mesures juridiques incitatives à ce genre d’investissement.
Le rapport de la CNUCED sur l’investissement dans le monde en 2005 montre bien que les flux de l’investissement direct étranger, surtout en technologie, s’orientent beaucoup plus vers les pays développés et, la répartition de ces flux au Sud favorise plus les pays d’Asie du Sud - Est. Tandis que la part des autres pays, particulièrement ceux africains reste faible à cause de plusieurs limites et insuffisances de caractère réglementaire. Dans ce sens, on note la multiplicité des intervenants dans la promotion des investissements. De plus on souligne aussi l’insuffisance des infrastructures d’accueil et des équipements nécessaires, la lenteur des services administratifs liés à l’investissement et le décalage entre la promulgation des textes et leur mise en application. Dans le même sillage, force est de constater que les systèmes financiers et bancaires ne favorisent pas l’investissement car il n’y a pas de crédit off-shore ou de liberté de change.

Une autre limite entrave l’investissement en technologie dans les PED. Il s’agit du droit de la propriété intellectuelle. Alors, ces derniers, ne peuvent acquérir l’investissement en technologie et réaliser la croissance vers une économie fondée sur les technologies et le savoir sans avoir une stratégie accompagnée d’une tendance au renforcement de la protection des droits de la propriété intellectuelle. Cette protection vise à encourager à la fois la création et la diffusion des connaissances. C’est l’Etat qui est appelé à intervenir pour réduire les écarts entre le niveau technologique interne et celui international, en instaurant un cadre réglementaire qui favorise ce genre d’investissement.
Le vide juridique caractérise aussi l’enseignement supérieur, le e-learning et l’enseignement à distance qui constitue, actuellement, un élément fondamental du développement scientifique et technologique. Cette structure représente une garantie du droit de tous à l’éducation et assure l’égalité des chances tout en respectant l’approche genre en ce qui concerne l’accès aux différentes disciplines scientifiques. Cette nouvelle structure représente la solution idéale à plusieurs problèmes de l’enseignement supérieur scientifique et technique puisqu’ elle peut faciliter la généralisation de ce dernier et offrir la possibilité de choisir entre différentes disciplines scientifiques et techniques.
L’absence d’un cadre juridique qui organise les activités de la R & D privées et l’insuffisance des règles juridiques qui organisent la recherche scientifique publique constituent une autre limite au développement technologique de ces pays.
L’amélioration de la compétitivité des entreprises nécessite l’investissement d’une part du capital dans les activités de R&D. Pourtant, plusieurs contraintes entravent les efforts du secteur privé en ce domaine, précisément, l’absence d’accompagnement et de mécanismes d’appui, le coût très élevé de la R&D et le manque de compétences.

La faible contribution du secteur privé à l’effort de R&D est due aussi à plusieurs facteurs, principalement, la déconnexion entre l’entreprise et l’université. Les entreprises ne sont ouvertes aux diplômés de l’enseignement supérieur et préfèrent une main d’œuvre moins chère. L’aspect familial de la structure des entreprises, le choix des employés dans ces pays se fait de la part des entrepreneurs sur des critères de relations familiales et amicales et non sur le critère de la compétence scientifique.

De plus, la dépendance économique et technologique voir même culturelle vis-à-vis de l’extérieur a accentué cette déconnexion entre les compétences scientifiques et les entrepreneurs. Ces derniers font toujours recours à la technologie étrangère au lieu d’investir dans la R&D pour avoir une technologie propre et adéquate aux conditions locales. Pourtant, la non ouverture de l’entreprise aux titulaires de doctorat et les diplômes équivalents, ne caractérise pas seulement les pays en développement, mais on remarque ce problème aussi dans des pays développés en l’occurrence, la France qui est en train de mettre en place des mesures incitatives pour pousser les entreprises à donner plus d’importance à la recherche académique et à la formation par la recherche.

On voit donc que la recherche académique ne pourra contribuer convenablement au développement technologique d’une société que lorsque l’ensemble du monde économique sera convaincu de la qualité spécifique d’une formation par la recherche. En effet ce n’est pas seulement ce monde qui a besoin d’être convaincu de l’importance de la recherche scientifique, les acteurs publics aussi sont appelés à s’intéresser plus à ce domaine vu les limites à leurs activités de Recherche - Développement.

Dans les pays en développement, l’essentiel de la technologie est importé, le plus grand nombre de chercheurs sont au sein de l’université. Dans ces pays, c’est le secteur public qui investit plus dans des domaines de recherche qui touchent à des intérêts planétaires et favorise largement la formation et le développement d’une communauté de recherche vu le coût très élevé de la R&D.

L’absence d’activité de R&D généralisée, soutenue et efficace dans les PED s’explique par la part minime du PIB investie par les Etats en matière de R&D, l’absence d’un milieu social capable de mobiliser les compétences pour le développement de la science et de la technologie et par l’absence d’une main d’œuvre qualifiée pour maîtriser les changements technologiques qui interviennent dans des secteurs vitaux pour l’économie.

D’autres insuffisances entravent le développement de la recherche scientifique publique dans ces pays, principalement, l’insuffisance en matière d’administration de la recherche qui se traduit par l’absence de planification de la recherche, d’évaluation, de l’orientation et du travail en réseau.

La recherche scientifique est entravée aussi par l’insuffisance des mesures d’accompagnement de la recherche à savoir l’accès difficile à l’information scientifique, le manque de support à l’édition scientifique, le matériel scientifique insuffisamment maintenu et l’absence de dispositions telles que les allocations de recherche pour encourager les jeunes chercheurs qui désirent préparer des thèses.

Outre ces obstacles, d’autres limites entravent la recherche scientifique dans certains pays en développement, particulièrement, la dispersion des bureaux d’études et de recherche, la marginalisation de l’enseignement technique, la faible exploitation des résultats de la recherche, l’absence de structures spécialisées dans la collecte et la diffusion des informations scientifiques et techniques et le manque de structures de liaison entre les universités et les entreprises.

En effet, l’effort de la recherche scientifique de ces pays est caractérisé aussi par certaines limites réglementaires concernant principalement, le statut du personnel de la recherche. Ainsi, le chercheur connaît plusieurs difficultés qui limitent son rôle dans le développement technologique et rendent sa mission très pénible, surtout, l’accès difficile à la documentation. Les bibliothèques universitaires ne disposent ni de la documentation nécessaire pour la recherche ni des spécialistes dans les sciences informationnelles et la procédure de l’acquisition des ouvrages et des périodiques est compliquée. L’absence de culture de brevet et de protection de la propriété intellectuelle contribue également à minorer le statut du chercheur en l’absence d’une reconnaissance de son apport.

Dans ce sens, on note aussi l’absence de communautés scientifiques dans les pays en développement où les chercheurs sont dispersés en l’absence d’associations, de réseaux efficients pour la construction des débats et la valorisation de la recherche. Une telle situation ne peut que freiner le rôle des chercheurs dans le développement de la société alors que la complexité des problèmes qui se posent appelle de plus en plus la contribution de plusieurs disciplines et la coordination entre elles pour les cerner, les analyser et avancer les solutions possibles dans un cadre pluridisciplinaire. Toutefois, la raison principale qui a engendré cette situation est l’absence d’un statut favorable au personnel de la recherche scientifique ce qui nuit à la recherche et diminue sa rentabilité.

2) Les défis institutionnels :

Le cadre institutionnel ne contribue pas efficacement au développement de la recherche scientifique. La multiplication et la diversité des organismes qui interviennent dans l’organisation du secteur de la recherche scientifique en l’absence de la coordination entre eux, constitue aussi une limite au développement technologique. Ce problème caractérise les relations entre les établissements publics et privés de la recherche scientifique, ainsi que les relations entre les établissements publics comme les universités et les centres de recherches. Cela entrave le développement harmonieux des politiques et des programmes des ministères engagés dans les domaines de la science et de la technologie.
Ainsi, la restructuration des établissements de recherche publics et la rationalisation des moyens humains et financiers disponibles nécessitent une véritable coordination institutionnelle capable de réaliser la synergie nécessaire entre les différents opérateurs institutionnels autour de programmes de recherche bien définis ciblant des objectifs socio-économiques prioritaires.
La déconnexion entre l’université et l’entreprise constitue un autre facteur défavorable à l’essor de la recherche et de l’innovation. Cette déconnexion est l’effet de la fracture entre la vie active et la science et du réflexe de dépendance technologique qui caractérise les PED d’une manière générale.
La politique technologique nécessite, non seulement, un cadre réglementaire et institutionnel mais aussi un cadre financier incitatif et apte de promouvoir progressivement l’innovation technologique et la création d’entreprises innovantes.

3) Les défis financiers :
Le dernier défi du développement technologique est le financement de la recherche scientifique publique qui est encore loin du 1 % le minimum nécessaire pour les pays les moins avancés pour qu’ils puissent atteindre les objectifs du millénaire. Dans ce sens, on note aussi l’absence d’un chapitre consacré à la recherche scientifique dans la loi de finance de plusieurs pays en développement.
Le développement technologique ne peut se réaliser qu’en poursuivant une politique industrielle et financière qui favorisent l’innovation et la R & D. Dans un monde ou la concurrence est forte, l’entreprise industrielle est obligée de renforcer son existence et son progrès. Cela ne peut être réalisable que par la R& D. La recherche de nouveaux procédés et de nouvelles technologies dans le but de réduire les coûts et d’augmenter la productivité du travail, est devenue nécessaire avec l’augmentation du profit, qui implique une production croissante. En ce sens, le développement technologique dépend d’une politique industrielle basée sur l’innovation et la R&D.
Dans les PED, l’industrialisation a été fondée, principalement, sur le transfert de techniques et non sur l’innovation et la R & D sans considérer les conséquences de l’inadaptation de ces dernières aux caractéristiques socio – économiques, à la taille du marché et aux ressources locales des pays d’accueil. Il s’est avéré dans la pratique que cela a entravé le processus d’innovation et l’évolution technologique.
Le rôle très limité des politiques industrielles des PED dans leur développement technologique s’explique par plusieurs facteurs. Les dépenses des entreprises consacrées à la R – D sont les plus faibles au monde dans une phase d’intense compétition internationale. De plus, le niveau des investissements consacrés à la mise au point, à l’acquisition et la diffusion de la technologie par l’industrie dans ces pays sont faibles par rapport aux concurrents et ne répondent pas aux besoins de leurs économies.
Le cloisonnement des mondes industriel et académique et dans une large mesure, des entreprises, peu pressées d'innover en intégrant les capacités locales de la recherche scientifique contribue aussi au choix d’une politique industrielle basée sur le transfert technique et non sur l’innovation.
La structure du tissu industriel des PED constitue une autre limite à la R&D, car elle est caractérisé par la prédominance des petites et moyennes entreprises, par une production à base de main d’œuvre sans qualification, donc peu coûteuse ainsi que par le manque de savoir faire et l’absence d’intérêt pour l’absorption d’expertises et un éloignement sans cesse croissant des activités de recherche qui seules peuvent garantir l’amélioration et la croissance de la production des biens et des services.
Les pays qui adoptent une telle politique ne peuvent pas dominer la compétitivité de plus en plus grande engendrée par l’interdépendance de plus en plus forte entre les économies et l’accroissement des échanges entre les nations. Seuls peuvent la dominer ceux qui possèdent la haute technologie et les ressources humaines qualifiés. Ainsi, les PED sont appelés à moderniser leurs politiques industrielles de manière qu’elles puissent jouer un rôle plus efficace dans l’effort local de la R&D. Cette finalité, exige aussi l’ancrage du rôle de la politique fiscale qui constitue une autre limite à la relance d’une activité de R&D apte d’avoir des retombées technologiques bénéfiques sur le développement durable de ces pays.
La politique fiscale joue un rôle très important dans le développement économique et technologique vu ses implications sur l’innovation technologique et la R & D au sein des entreprises. Pourtant dans les PED, le rôle de cette politique dans le financement de ce domaine reste peu significatif.
On reproche aux systèmes fiscaux de ces pays la faible stabilité de leurs arsenaux incitatifs qui peuvent garantir une meilleure visibilité pour l’investisseur, sans oublier le fait de renforcer leur caractère de levier de la croissance économique. Dans ce sens, on constate dans certains pays en développement l’absence d’une documentation appropriée, claire et simple, dans différentes langues, disponible auprès des sous directions régionales des impôts ne facilite pas la communication en direction des investisseurs. De plus, il y a le problème de la déconnexion entre la politique fiscale et les autres politiques économiques (monétaire, budgétaire, financière, sectorielle et sociale).
Les problèmes de financement pèsent lourdement sur le développement économique et social des PED et sur l’amélioration de leur compétitivité. Cette situation s’explique par l’absence de partenariat financier entre le secteur public et privé alors que la recherche scientifique et l’innovation technologique sont devenues, de manière indissociable, l’affaire de l’entreprise, des universités et des pouvoirs publics et de la conjugaison de leurs efforts. Dans les PED, les problèmes relatifs au financement de la R & D se posent d’une manière plus prononcée qu’auparavant. Cela est dû en premier lieu, à l’émergence du rôle de la science et de la technologie dans le développement durable des nations et l’importance de l’investissement immatériel qui se heurte à la l’insuffisance des moyens financiers alloués à ce domaine. En second, lieu, la faible participation du secteur privé au financement des activités jugées de haut risque et l’absence d’un programme d’aide publique à la R&D privée.
On constate que dans les pays développés, la R&D bénéficie largement de l’aide publique. Par contre, dans les PED, ce domaine est freiné, non seulement, par les dépenses limitées allouées à la R&D (actuellement, les dépenses publiques de la R&D dans les pays arabes, par exemple, ne dépassent pas 0,2% du PNB, la plus grande part couvrant uniquement les salaires) mais aussi par une faible recherche fondamentale et par l’absence quasi-totale de la recherche avancée dans les domaines tels que les technologies de l’information et la biologie moléculaire.
La conférence des Nations Unies sur la science et la technique au service du développement a fait largement écho au rôle stratégique des politiques technologiques dans le processus de développement économique d’une manière générale, et particulièrement pour la consolidation de la compétitivité du secteur productif tout en insistant sur la nécessité pour les PPED de se doter de ces politiques en considérant les objectifs nationaux de développement. A cet égard, les PED doivent comprendre que c’est le moment d’avoir des technologies appropriées, convenables et qui répondent à leurs besoins économiques et sociaux en considérant les problèmes de l’inadaptation des techniques transférées. Cela ne peut être réalisé que par le financement de la R&D. Les dépenses restreintes consacrées à la recherche dans ces pays peuvent remettre en cause les résultats de la recherche, sachant que la grande part des activités de recherche se fait dans des universités sous forme de thèses de doctorat qui ne bénéficient d’aucun financement public. Dans la même optique, les dépenses limitées consacrées à la R & D privée ne permet pas l’obtention de bons résultats en considérant le coût très élevé des activités de R & D et le risque de ne pas avoir les résultats désirés. Tout cela peut engendrer un décalage entre les besoins économiques et les besoins sociaux des pays en développement, ce qui favorise la dépendance de ces dernier vis – à vis de l’extérieur.
En définitive, le développement technologique des pays en développement exige la prise en compte de trois niveaux, trois dimensions : les politiques, les moyens et les méthodes.
Concernant les politiques, les Etats dans toutes leurs composantes, doivent s’engager sur la base de programmes et d’objectifs clairs et bien déterminés. Je veux dire par là (volontarisme politique). Dans les pays en développement, les gouvernements, les parlements, les sociétés civiles et politiques, doivent tous réaliser les politiques technologiques et doivent savoir surtout qu’il s’agit d’une priorité stratégique locale dans une mondialisation de plus en plus exigeante. Ceci à l’instar des grands pays développés.
Relativement aux moyens, comme le développement est une problématique globale, qui nécessite une mobilisation totale de tous les moyens et de toutes les ressources dont disposé une nation, donc pour mettre en œuvre un développement technologique, il est impératif de tout focaliser pour réaliser cet objectif (moyens matériels, financiers, humains et autres).
Enfin pour ce qui concerne les méthodes, une coordination, une concertation, une spécialisation dans la réalisation des objectifs du développement technologique sont fondamentales dans le sens de la rationalisation de la gouvernance technologique. Les méthodes à ce titre, veulent dire aussi, et tout simplement, que chaque acteur et chaque secteur qui concourt au développement technologique est situé dans une logique globale et impérativement collective et concertée.

Fatima ROUMATE
Chercheuse en Droit Economique International et Européen

La coopération technique intra maghrébine facilite t-elle le succès de l’Union du Maghreb Arabe

L’évolution du rôle de la science et de la technologie indique que ces deux fondements contribuent aujourd’hui de façon décisive à l’amélioration des performances de l’économie et au bien-être de tout société. Cependant, cette évolution est réellement vécue uniquement dans les pays développés. En outre, on remarque la marginalisation de ces deux éléments dans les stratégies du développement des pays en développement. Pour cela, la réponse à la problématique du développement durable exige de consacrer une grande importance au développement technologique des sociétés. Cette dimension touche à des questions comme l’efficacité de la contribution de la coopération technique Sud-Sud, au développement des capacités scientifiques et techniques autonomes du Sud et à son intégration à la mondialisation et à la régionalisation.

Dans ce sens, si les problèmes politiques et économiques contribuent à entraver le succès de l’Union Maghreb Arabe (UMA), la coopération technique intra maghrébine peut mener cette région vers la voie de la croissance. Il s’agit, surtout de la coopération technique entre les différents acteurs de la société civile maghrébine.

La coopération technique intra maghrébine constitue donc un élément fondamental pour faciliter le succès de l’Union Maghreb Arabe, car elle permettra à cette région de répondre aux enjeux externes imposés par la mondialisation et la régionalisation.

En outre, la coopération technique entre les ONG maghrébine peut réaliser un certain rapprochement des points de vue politiques comme elle peut contribuer à la réalisation des objectifs de la coopération économique, particulièrement, le développement économique de cette région. Elle constitue la meilleure riposte à la concurrence supposée de la part des pays de l’Asie et les pays de l’Europe de l’Est au niveau de l’acquisition des investissements étrangers directs. La coopération technique entre les différents acteurs de la société civile maghrébine peut apporter la réponse à la question de l’immigration, car elle limitera la fuite des cerveaux maghrébins et elle peut instaurer une adéquation entre l’offre et la demande de l’emploi qui constitue la principale cause du chômage dans les pays maghrébins. Cela peut créer un environnement de sécurité pour l’Europe et engendrer un apport économique incontestable aux pays d’origine. Elle peut aussi garantir une main d’œuvre hautement qualifiée, ce qui représente un atout favorable pour inciter les firmes multinationales à investir dans la région et dans des secteurs de haute technologie.

Dans cette perspective, il est impératif d’encourager aussi les alliances industrielles entre les entreprises de cette région afin qu’elles puissent investir en technologie et financer des projets communs de Recherche-Développement. Ainsi, il faut noter le rôle important de ces alliances dans le développement technologiques des sociétés et dans l’amélioration de la compétitivité internationale de l’économie locale.

Dans le même sillage s’inscrit l’importance de la création des centres de recherche maghrébins et l’encouragement de la coopération technique et scientifique entre les différents établissements de l’enseignement supérieur publics et privés pour favoriser le développement scientifique et technologique du Maghreb Arabe.

En définitive, le rythme du progrès scientifique et l’interdépendance des problèmes planétaires exigent un travail d’équipe et en réseau. Par conséquent, la coopération technique entre les différents acteurs de la société civile (établissements scientifiques, universités, ONG, entreprises et autres secteurs et disciplines) est essentielle car elle favorise le développement technologique, économique et social des nations et elle contribue à l’amélioration des perspectives de paix et d’avenir viable.


Fatima Roumate,
Chercheuse en droit économique international et européen,
Marrakech

La migration irakienne : un défi pour la région

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Samia Qumri MA International Affairs from the Lebanese American University in Beirut,
Jordanian independent researcher on Iraqi issues.


Les guerres et conflits qui ont ravagé le monde arabe au cours de ces deux dernières décennies ont provoqué plusieurs vagues de migration forcée, engendrant autant de défis pour les pays destinataires que pour les pays d’origine. Ainsi, l’Irak a subi la guerre Iran-Irak, la première Guerre du Golfe de 1990 et enfin la guerre d’invasion américaine de 2003 ; aujourd’hui, la crise de migration forcée irakienne atteint un niveau menaçant puisqu’elle touche plus d’un million de personnes. Et même si les pays frontaliers et les organisations humanitaires accueillent ces réfugiés et leur offrent protection et assistance, ce phénomène reste un fardeau que la communauté internationale devrait soulager en prolongeant son soutien financier.

C’est là que se situe la nécessité de cette thèse. L’objet d’étude de ce travail est la migration forcée irakienne en Jordanie. Ce pays, qui recueillait les réfugiés palestiniens en 1948, reçoit aujourd’hui la plupart des réfugiés irakiens. Ces derniers étaient déjà considérés comme un enjeu central lors de la guerre Iran-Irak de 1980.

De nos jours, il existe peu d’études sur la migration irakienne; il manque surtout une comparaison entre les vagues migratoires induites par la Guerre du Golfe et celles qui sont induites par l’invasion américaine de 2003. D’où la question au centre de ce travail: comment la Jordanie a-t-elle réagi et répondu au défi que représente la migration forcée irakienne ?

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Cette question en entraîne d’autres, également intéressantes. Quelles sont les structures de vie mises en place par les autorités pour ces migrants ? Quels sont les défis posés par ce phénomène aux sociétés locales, surtout après les bombardements du 9 novembre 2005 à Amman ? Comment la communauté internationale a-t-elle partagé ou non, la responsabilité de s’occuper des migrants ? Et quelles sont les conséquences de cette migration forcée sur la politique jordanienne ?

Il existe une tension entre le maintien de la sécurité interne d’un pays (ici, la Jordanie) et le droit que possèdent les étrangers à l’asile et à la protection (ici, les Irakiens). D’où le besoin d’avoir une approche commune entre politiciens, académiciens, communauté internationale et pays occidentaux, dans le but de soulager les tensions dans les pays destinataires et de partager les responsabilités des différentes vagues migratoires. Selon le droit international, il revient aux pays destinataires d’ouvrir leurs frontières et d’accueillir les étrangers fuyant un danger dans leur pays. Pourtant, certains pays ont des structures socio-économiques limitées et ne peuvent accueillir un nombre important de personnes. Dès lors, la responsabilité revient à la communauté internationale.

La Jordanie a de faibles ressources naturelles et ses facteurs géographiques, sociaux et politiques font en sorte que la population irakienne n’a qu’un accès restreint aux ressources et aux services. En raison de ces capacités limitées, la Jordanie ne peut accueillir davantage d’habitants sur son territoire ; c’est l’une des raisons pour lesquelles elle n’a pas signé la Convention des réfugiés de 1951, ni le protocole de 1967. Un mémorandum a été signé avec l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) qui stipule qu’il revient à celui-ci de fournir l’assistance humanitaire et la protection aux réfugiés non palestiniens, les Palestiniens étant sous mandat du UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient).

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À travers ce travail, j’ai été amené à croire que la Jordanie a adopté une politique semi-protectionniste à l’égard des migrants irakiens. Ce qui retentit sur ses politiques régionales et mondiales, notamment le respect de ses accords internationaux.

Cette étude vise aussi à créer une base de données pour des recherches et analyses futures. Recueillir les données a été un défi, dû à la sécurité accrue en Jordanie ainsi qu’à la nature sensible des données. Les migrants irakiens pèsent lourd sur les secteurs énergétiques et hydrauliques de la Jordanie, qui doit importer 98% de ses besoins énergétiques et figure sur la liste des dix pays les plus pauvres en eau. En revanche, la croissance économique s’y est élevée à 7% en 2005, dont trois quarts provenaient d’investissement irakien.

L’enjeu de la migration forcée est compliqué, les gouvernements des pays, destinataires ont du mal à adapter et à ajuster leurs politiques. À travers le temps, la Jordanie reste un asile pour les migrants forcés irakiens. Mais l’opinion publique à leur égard se dégrade lentement depuis 2003, passant de la sympathie à l’insatisfaction. Des changements se sont produits aux niveaux local, social, économique, notamment à l’égard du prix de l’immobilier et de l’augmentation du coût de la vie. À cela s’ajoutent d’autres tensions entre le gouvernement jordanien, désireux de contrôler l’impact des migrants, et l’UNHCR, déterminé à faire respecter la protection des réfugiés. La communauté internationale et les Etats occidentaux doivent intervenir pour identifier les causes originelles et résoudre ensemble ces problèmes. Quant à la Jordanie, elle doit viser à assurer sa protection domestique et à fortifier l’unité nationale, afin de créer un pays plus fort.


Palestiniens réfugiés en Syrie : la valeur du camp II

À l’origine, lors des évènements de 1948, les camps ne possèdent pas de spécificité politique foncière. Il s’agit de regroupements de réfugiés, dont la taille varie de quelques dizaines à plusieurs milliers de personnes . C’est à la suite de pourparlers et de longues négociations que le camp de réfugiés palestiniens devient une solution de compromis entre l’urgence humanitaire et l’inertie politique du moment. Il s’agit d’installer provisoirement les réfugiés dans les pays d’accueil, en attendant qu’une solution soit trouvée à la question du retour, et de les placer sous la responsabilité d’un organisme, l’UNRWA, créé à cette intention. Au moment où ce dernier entre en fonctions, il dispose d’un programme bien défini, qui comporte trois volets: humanitaire, car il s’agit d’offrir un abri aux réfugiés ; politique, car il faut s’adapter aux conditions des pays d’accueil ; économique, car il s’agit de faire évoluer les camps dans une perspective de développement régional. L’UNRWA reste ferme sur le caractère provisoire du camp et des résidences allouées aux réfugiés ainsi que sur la stricte réglementation régissant la construction, les terrains et leur usage exclusivement résidentiel.

Palestiniens réfugiés en Syrie : la valeur du camp I

Le problème israélo-palestinien, d’actualité depuis plus d’un demi-siècle déjà, attire généralement l’attention sur les Palestiniens de la bande de Gaza, de Cisjordanie ou encore du Liban. Il n’en reste pas moins que près de 4 millions de Palestiniens, réfugiés et descendants de réfugiés, vivent en dehors des frontières israélo-palestiniennes, répartis principalement entre la Jordanie, la Syrie et le Liban. Parmi eux, les Palestiniens qui habitent la Syrie restent les moins connus. À mesure que la Syrie s’ouvre économiquement et politiquement vers l’extérieur, les études concernant les réfugiés palestiniens dans ce pays deviennent plus nombreuses et plus précises. Ces réfugiés bénéficient en règle générale d’un traitement favorable de la part du gouvernement. Contrairement aux Palestiniens du Liban, ils ont le même statut que les citoyens syriens en ce qui concerne l’emploi, le commerce, le service militaire, l’éducation et la santé. Les seules restrictions qui leur sont imposées concernent le droit de vote et d’éligibilité, ainsi que le droit à la propriété. Ils n’ont pas non plus droit au passeport syrien.

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Massivement présents en Syrie depuis 1948, les Palestiniens y reçoivent encore l’aide de l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). Mais seuls 30% vivent encore dans des camps officiels de l’UNRWA. Les 70% restants sont concentrés autour de la capitale, principalement dans des quartiers palestiniens – nommés eux aussi camps – tels que Yarmouk ou Mukhayam Filastin (malgré tout pourvus des services de l’UNRWA). La vie des Palestiniens qui échappent à la supervision de l’UNRWA ou ne vivent pas dans ces quartiers est difficile à cerner.

Ce sont surtout les camps palestiniens officiels qui semblent intéresser les chercheurs, notamment lorsque ces derniers s’interrogent sur le rôle véritable de l’UNRWA. Les critiques extérieures accusent cet organisme de favoriser le nationalisme palestinien par l’existence même des camps, et donc de contribuer à entretenir le conflit qui déchire le Moyen-Orient. Quant aux Palestiniens, bien qu’ils soupçonnent une volonté cachée de l’office onusien de les installer dans leur pays d’accueil, ils lui sont généralement reconnaissants, d’une part pour les services qu’il leur fournit, surtout en ce qui concerne l’éducation, et d’autre part parce que l’existence même de l’UNRWA leur confère une identité. S’interroger sur le rôle de l’UNRWA amène à se pencher sur l’importance du « camp » lui-même comme élément identitaire du réfugié. Ce qui nous conduit à nous poser la question suivante : qu’est-ce qu’un camp de réfugiés ? « Les camps de réfugiés sont les lieux d’histoires plurielles, dont les constantes et les variables, les permanences et les ruptures traduisent, à des échelles et des temporalités diverses, les aléas de l’histoire palestinienne aux prises avec les enjeux nationaux, régionaux et internationaux, en même temps qu’elles expriment des niveaux d’interaction tout aussi divers, tant à l’intérieur des camps qu’avec les sociétés des pays d’accueil. »

-- Myriam Suard
Candidate au master en Développement à SOAS, Londres

Les élections en Mauritanie, au risque du local

Les élections pluralistes en République Islamique de Mauritanie sont un phénomène récent. Le colonel Maaouya Sid Ahmed Ould Taya a en effet initié le processus démocratique en 1991 sous la pression internationale, en particulier celle de l’ancienne métropole. Ce processus était d’abord conçu pour “ recycler ” un pouvoir déconsidéré par le soutien hasardeux à l’Irak durant la crise du Golfe, et surtout par les événements de 1989, crise mauritano-sénégalaise qui a conduit le pouvoir mauritanien à des violences contre les ressortissants Sénégalais mais qui s’est étendue à toute la communauté négro-mauritanienne.

Nous tenterons de comprendre le choc entre une société et des modes d’organisations politiques exogènes ; une société où le rôle du chef est éminent et où le vote n’est pas individuel mais communautaire. Société multi-ethnique, la Mauritanie est aussi une société segmentaire qui a été regroupée très tardivement par le colonisateur français. Face à des populations en majorité nomades, qui n’avaient jamais été rassemblées auparavant par un même pouvoir politique, l’Etat indépendant aura, comme premier objectif, d’unifier son territoire par un hyper centralisme. En d’autres termes, le pouvoir tentera de donner une dimension nationale à cet espace pétri d’enjeux locaux.
Une anecdote est très révélatrice de ce localisme et du désintérêt du national : Au début des années 80, Mohamed Khouna Ould Haïdallah, en voyage dans un village reculé du Trarza, repartit très fâché parce que la foule l’avait pris pour Mokhtar Ould Daddah, un président déposé par un putsch deux ans plus tôt ! Les élections pluralistes sont concomitantes avec un effort de décentralisation. Cependant, l’Etat craint de perdre son pouvoir.
Les processus électoraux sont révélateurs du factionnalisme de cette société segmentaire, c’est-à-dire de la recomposition perpétuelle des solidarités. Ce phénomène peut s’observer au sein même du l’ancien Parti-Etat (le PRDS) qui peine à imposer ses choix dans ses fédérations, toujours tiraillées entre plusieurs tendances, entre plusieurs réseaux de clientèle.

-- Alain Antil
Chercheur associé à l’Ifri, spécialiste de l’Afrique sahélienne et de l’Afrique de l’Ouest. Il est actuellement chargé de cours à l’Institut d’études politiques (IEP) de Lille

La maternité en Algérie.

Dans les dernières décennies du XXe siècle, les modèles familiaux en vigueur dans les sociétés arabo-musulmanes ont entamé une mutation, dont les effets sont devenus sensibles en l’espace d’une génération. L’un des modèles touchés par ce phénomène est l’archétype de la famille nombreuse, remplacé par celui d’une famille à deux ou trois enfants. L’Algérie ne fait pas exception. Un tel changement suppose des transformations, aussi bien sur le plan des conditions matérielles d’existence que sur celui des mentalités. La baisse du nombre d’enfants par famille ne résulte pas seulement de l’allongement de la durée des études et de l’âge du mariage, mais aussi d’une réduction délibérée des naissances.

Etude de l'architecture de la période islamique en Iran d'après une source inédite

Ce couple photographique réunit deux clichés d'un même sujet, réalisés à un intervalle de près de 90 ans. Ces « Regards croisés » sont issus d'une étude scientifique commencée en 1998 sur le Fonds Viollet. Ce dernier, conservé à l'Institut d'études iraniennes (Paris III Sorbonne Nouvelle – CNRS Mondes iranien et indien), regroupe le matériel de recherche de l'architecte français Henry Viollet (1880-1955) qui voyagea en Orient entre 1904 et 1913. Envoyé par le Ministère de l'Instruction publique et des Beaux Arts, il étudia et photographia l'architecture - en particulier les monuments de la période islamique - des régions de la Mésopotamie et de la Perse.

Le Fonds Viollet comporte 930 négatifs sur plaque de verre, 2000 tirages papier et 1620 pièces d'archives classées et dépouillées au cours de ces dernières années (Fromanger, Marine, Inventaire analytique du Fonds Viollet, Tome II, D.E.A., Aix en Provence : Université Aix-Marseille I - Univ. de Provence, 1997-1998). Au cours de l'année 2000, les négatifs sur plaques de verre ont été numérisés dans le cadre des « projets innovants » accordés par l'Université de Paris III.

Etude de l'architecture de la période islamique en Iran d'après une source inédite: le Fonds Viollet

Lors de la rédaction d'un doctorat d'Histoire de l'Art et Archéologie (Henry Viollet en Perse 1911-1913. L'Architecture iranienne à la période islamique d'après une source inédite : le Fonds Viollet, Aix en Provence, Université Aix-Marseille I - Univ. de Provence, 2003), je me suis attelée à l'étude de ces documents inédits, en particulier ceux qui se rapportaient à la Perse (Iran actuel), visitée par l'architecte au cours des années 1912 et 1913.

Les photographies d'Henry Viollet forment actuellement un véritable inventaire raisonné de l'architecture islamique en Iran, regroupant des constructions civiles et religieuses (mosquées, tombeaux, ponts, palais, minarets et tours) datées entre le début de l'Islam et la fin du règne Qâjâr (environ du VIIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle).

Afin de réhabiliter ce fonds et de mettre en valeur les clichés réalisés à la veille de la première Guerre mondiale, il m'est apparu nécessaire de les confronter à des prises de vue contemporaines, ce qui permet de constater les restaurations, les transformations, et parfois même les destructions opérées.

Au total, grâce à l'entière collaboration des services de l'Organisation du patrimoine iranien (Mirâs-e Farhangi), près de 70 monuments ont été photographiés et étudiés en 2000 et 2003, d'après les clichés et les plans d'Henry Viollet. Ce travail sera prochainement présenté dans un ouvrage publié par l'Institut français de recherche en Iran, en coédition avec Mirâs-e Farhangi. Afin d'établir une comparaison, je souhaiterais étendre cette recherche à d'autres pays avoisinants comme l'Irak, l'Azerbaïdjan ou bien le Turkménistan, visités entre 1910 et 1913 par l'architecte français.

-- Marine Fromanger
Docteur en histoire de l'art et archéologie de l'Université d'Aix-en-Provence.
Mme Fromanger a obtenu une bourse de l'Institut français de recherche sur l'Iran

Economie politique et évolution démographique en Egypte, de 1954 à nos jours

Cette recherche a pour objet d'étudier la fécondité en Egypte au cours des 50 dernières années, afin de comprendre les mécanismes de transition de la fécondité. On analyse en premier lieu les théories de cette transition, puis on tente d'en expliquer la réalité en Egypte. Après avoir résumé et passé en revue les principaux thèmes et théories, cette étude confirme les résultats de Mc Nicoll (1980) et de Greenhalgh (1995) sur l'importance du contexte social, culturel, politique et économique qui préside à la transition de la fécondité. Cette thèse reconnaît également l'importance de la dynamique temporelle des mutations aux niveaux micro et macro, ce qui conduit à lier aux comportements individuels les changements qui interviennent au niveau macro.

Scene de rue

Les mutations de la fécondité sont liées aux changements des facteurs qui l'influencent directement. Dans le même temps, l'évolution des facteurs indirects, tels que les ressources et le capital éducatif, est un élément clé des transformations démographiques. Dans le cas de l'Egypte, pays arabe et musulman, la famille et le mariage jouent un rôle primordial au sein de la société. C'est la famille, plutôt que l'individu, qui constitue l'unité sociale la plus pertinente, et chaque génération délègue ses ressources financières à la suivante à travers le mariage, en espérant maintenir la fortune, la réputation et le statut social de la famille.

En ce qui concerne les facteurs influençant indirectement la fécondité, sont étudiés l'éducation des femmes et leur participation au marché du travail, la situation socio-économique des ménages, les liens entre fécondité et pauvreté, l'importance de la religion sur les choix en matière de fécondité, ainsi que l'incidence des migrations sur les comportements de fécondité. En outre, le but de cet essai est d'étudier la fertilité au niveau de l'administration gouvernementale, de l'habitat rural et urbain, et aussi de proposer une analyse suivant les différents échelons administratifs du pays (Markaz, Qism , hai ) et selon les villes, comme cela a été fait pour le calcul de l'Indice du développement humain (IDH).

-- Elena Ambrosetti
Doctorante à l'Institut national d'études démographiques (INED, Paris) et assistante de recherche à l'Université La Sapienza (Rome).

La politique tribale de Saddam Hussein

Tribalism and Politics in Iraq, University of Sharjah. 2004

En Irak, l'organisation tribale est bien antérieure à la création de l'Etat moderne. A ce jour, plus de 150 tribus composent la société irakienne. Ces tribus sont divisées en divers clans et sous-groupes. Comment Saddam Hussein a-t-il réussi à contrôler une population si hétérogène ?

La recherche Tribalism and Politics in Iraq (2004) analyse le rôle des tribus dans la politique de Saddam Hussein. En effet, ce dernier a utilisé les tribus pour se maintenir au pouvoir, et il a paradoxalement renforcé leur position et leur autorité. Après avoir étudié les développements historiques de la structure tribale irakienne, notamment sous l'Empire ottoman puis sous la domination britannique en Irak, cette étude analyse les rapports entre baasisme et tribalisme. Elle démontre qu'à l'origine, l'idéologie baasiste rejetait fondamentalement le tribalisme. Le parti Baas considère les tribus comme un phénomène moyenâgeux qui retarde la modernisation du pays et la consolidation de l'identité nationale irakienne, et présente le tribalisme comme une menace au parti et à ses principes socialistes. Plusieurs mesures sont prises pour limiter l'influence et le pouvoir des cheikhs et affaiblir l'organisation tribale, notamment les puissantes tribus sunnites. L'identification tribale est même rendue illégale.

Cependant, Saddam Hussein, qui appartient a la tribu des Abou Nasir de la région de Tikrit, ne recule pas devant la contradiction idéologique et n'hésite pas à instaurer un « tribalisme politique »; il achète la loyauté des tribus afin de s'assurer de leur soutien et d'écarter ainsi toute menace à son autorité personnelle. En outre, il soutient les tribus existantes, encourage l'identification tribale et la formation de nouvelles tribus. Il instaure même une sorte de tribalisme d'État et déclare officiellement le parti Baas comme la « tribu de toutes les tribus ». Cette politique, que certains observateurs appellent néo-tribalisme s'est renforcée à partir des années 1990 et a eu pour conséquence, entre autres, de renforcer le pouvoir et le rôle des tribus en Irak et de diviser plus encore la société irakienne.

-- Halla Al Najjar
Diplomée en relations internationales à l'Université américaine de Sharjah.
Assistante de recherche stagiaire au CERMAM

Recherches en cours

  • décembre 2007 Les défis du développement technologique pour les pays en développement
  • octobre 2007 La coopération technique intra maghrébine facilite t-elle le succès de l’Union du Maghreb Arabe
  • septembre 2007 La migration irakienne : un défi pour la région
  • mars 2007 Palestiniens réfugiés en Syrie : la valeur du camp II
  • décembre 2006 Palestiniens réfugiés en Syrie : la valeur du camp I
  • août 2006 Les élections en Mauritanie, au risque du local