Spécial
Israël- UE : un partenariat exceptionnel
Depuis 2004, l’Union Européenne a développé une Politique Européenne de Voisinage (PEV) qui privilégie une quinzaine de pays voisins de l’UE quant à leurs relations sur les plans économique et politique. La PEV s’inscrit aussi dans le cadre de la Stratégie de Sécurité européenne établie en décembre 2003. En effet, c’est partiellement pour éviter des rapports hostiles avec les voisins de l’UE élargie qu’elle a été mise en place.
Les pays de la PEV travaillent en collaboration étroite avec l’UE. Ce travail est basé sur des valeurs communes concernant divers sujets comme les droits de l’Homme, la démocratie, l’économie de marché, la bonne gouvernance, etc. L’UE offre aussi à ces pays voisins favorisés une intégration économique poussée, ainsi que des relations politiques avancées.

Il est cependant important de tenir compte du fait que c’est une évolution totalement indépendante du processus d’élargissement de l’UE. Les Pays profitant de la PEV ne deviennent en aucun cas candidats potentiels à une adhésion à l’UE. La PEV reste toutefois une politique dynamique et en évolution permanente. En fonction des résultats obtenus par chaque pays, des avantages tirés de chaque partenariat, l’UE renforce et développe certaines relations.
C’est ainsi qu’en mars 2007, Israël tente un rapprochement avec l’UE et une sérieuse revalorisation de ses avantages issus de la Politique Européenne de Voisinage. Depuis lors, et ce jusqu'à présent, l’UE poursuit des négociations secrètes avec Israël à ce propos.
C’est en juin 2008 qu’un député Européen, Francis Wurtz, dévoile les discussions en cours. Ce qu’Israël demande dépasse le statut privilégié des pays profitant de la PEV, et place presque l’état hébreu au niveau de membre de l’UE. Les trois points principaux des négociations sont les suivants :
1. Israël demande à avoir un statut de quasi-membre sur la question des relations entre l’UE, le Maghreb et le Machrek ainsi que dans le cadre des relations de l’Union avec l’ONU.
2. La deuxième requête de l’état Hébreu relève de sa participation au conseil Européen sur l’économie et les finances, les transports, la sécurité, l’énergie et l’éducation.
3. Il demande aussi la création d’une structure parlementaire conjointe avec l’EU.
C’est à plusieurs niveaux que ces négociations posent problème. Tout d’abord, toutes discussions à ce sujet depuis plus d’un an sont restées secrètes. Le Parlement européen ni en a été informé, ni a été concerté. Les députés européens ont été écartés des négociations et groupes de réflexion sur le sujet.
Ensuite, il est important de noter qu’aucun état en dehors de l’UE n’a droit à ce genre de privilèges. La situation avantageuse dans laquelle serait alors Israël si un tel partenariat avait lieu semble être en désaccord avec les différentes complaintes internationales contre l’état Hébreu. Israël viole régulièrement le droit international, les droits de l’homme, ainsi que ses engagements auprès du quartet et de la communauté internationale.
Le 16 juin 2008, le conseil d’association UE-Israël s’est réuni pour étudier ce dossier officiellement. Le président du conseil des affaires étrangères de l’UE, Dimitrij Ruppel, a, lors de cette réunion, confirmé l’importance d’Israël en tant que partenaire de l’UE et rappelé les liens économiques et historiques qui les rapprochent. Il a aussi souligné l’importance de la résolution du conflit israélo-palestinien et, tout en mettant l’accent sur l’importance d’une coopération accrue entre l’UE et Israël, l’a étroitement lié à la condition d’une amélioration des relations entre Israéliens et Palestiniens. Selon nos informations, Berlin et Paris sont les plus favorables à octroyer un statut avancé à Israël et poussent les autres pays européens à le faire.
Francis Wurtz, député européen, (parti communiste français) ne voit pas ces négociations aboutir. Il qualifie les demandes «d’exorbitantes» et avoue que malgré les négociations en cours, une issue positive pour Israël lui semble ‘inconcevable’. Néanmoins il est à noter que le conseil d’association UE-Israël semble avoir un discours très différent de celui de M. Wurtz. Le communiqué délivré à l’issue de la réunion du 16 juin 2008 qualifie de positif et important un avancement dans les relations de l’UE et d’Israël. L’UE semble vouloir augmenter la portée des relations qu’elle a avec Israël sur le plan de la coopération politique et économique. Suite à une progression des relations des deux partis, Israël est aussi admissible pour participer aux programmes communautaires de l’UE. Toutefois, rien de concret n’accorde pour l’instant à Israël le statut spécial qu’il convoite, et le communiqué de la réunion du 16 juin souligne à plusieurs reprises l’importance de l’avancement et l’amélioration des négociations en cours avec les Palestiniens pour pouvoir mettre en pratique la revalorisation de la coopération UE- Israël.
Ces négociations secrètes sont divulguées au même moment où l’Union Pour la Méditerranée (UPM) est lancée. L’UPM reprend les mêmes objectifs que le processus de Barcelone, projet lancé en 1995 et qui échoue assez rapidement. La PEV est lancée en 2004, alors que le processus de Barcelone, introduit un peu moins de dix auparavant, semble atteindre ses limites. Dans le domaine politique, tout comme au niveau sécuritaire, Barcelone ne parvient pas à atteindre ses objectifs. Pour faire face à son échec, l’UE lance alors un nouveau projet qui s’insère dans le même cadre que le processus de Barcelone, et relance le dialogue entre l’UE et ses voisins. La PEV s’adresse à certains pays de l’Europe de l’Est ainsi qu’aux pays du processus de Barcelone. Malgré une approche différente et l’intégration des pays de l’Est, elle tient des objectifs relativement similaires à Barcelone sur le fond.
Cependant, la PEV diffère du processus Euro- Méditerranéen sur plusieurs points essentiels. Aux yeux des pays du Sud, le fait même que la PEV ne s’adresse pas uniquement aux pays du sud méditerranéen mais inclut certains pays de l’Europe de l’Est dénue Barcelone de tout son sens. Barcelone était fondé sur un lien historique commun entre l’Europe et le Moyen-Orient. Cet élargissement vers l’est de l’Europe change la donne et les objectifs premiers de Barcelone. Au bout du compte, l’objectif des pays de l’Europe de l’Est reste l’intégration à l’UE, ce qui n’est absolument pas le cas des pays du Moyen-Orient. Le projet prend un nouveau tournant, et marginalise la relation de l’Europe avec le Moyen-Orient.
Dans le contexte des négociations actuelles entre l’UE et Israël sur une revalorisation des leurs relations dans le cadre de la PEV, il est intéressant à constater que l’état hébreux a manifesté son grand intérêt aux lancements de la PEV et de l’UPM.
Barcelone, tout comme la PEV ne sont pas les seuls accords signés entre l’UE et Israël. En 2000, les deux partis signent un Accord d’Association qui instaure une coopération politique soutenue, et qui renforce l’accord de libre-échange de 1975. La PEV proposée en 2004 suscite l’enthousiasme d’Israël qui réagit de manière positive à l’offre de l’UE. Israël voit dans cet accord des opportunités économiques, politiques et stratégiques importante à ne pas laisser passer.
De même quand en 2008 l’UE parle de lancer une Union Pour la Méditerranée, Israël se montre tout autant aussi et son appui est immédiat. Un rapprochement avec l’UE et les pays européens semble tenir à cœur à Israël. Pour y arriver l’état hébreu joue sur tous les tableaux. Lorsque Nicolas Sarkozy et l’UE proposent l’UPM, lancée en juillet 2008 à Paris, Israël est un des premiers pays à soutenir le projet. Faire partie de l’UPM paraît avantageux à Israël, et c’est dans cette même optique de rapprochement qu’Israël tente d’obtenir une PEV revalorisée, un atout majeur par rapport aux autres partenaires de l’UE.
Dalia Bahous
Assistante de recherche
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- Origine CERMAM
- http://www.cermam.org/fr/logs/special/israeel_ue_un_partenariat_exce/
- Publié le 13 août 2008
