Point de vue

Nouveaux médias: le printemps de l'information

La démocratisation de l'accès à l'info et de sa production ont permis l’émergence d’un discours alternatif, ce qui a ouvert la voie à des changements. Parmi les plus significatifs, les révoltes et révolutions arabes, qui resteront les premières « e-revolution ». C'est désormais aussi au rythme des nouveaux médias et médias sociaux que se jouent les révoltes et conflits sur le terrain, que ce soit en Egypte, en Arabie Saoudite, en Birmanie ou encore en France. Grâce aux nouveaux médias, un autre récit des événements est accessible. L’évolution massive des technologies de l’information et de la communication ont engendré l’émergence de nouvelles formes de médias, nommés « nouveaux médias ».

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«Morsi a été incapable de s’affranchir de son parti»

Chargé de cours à l’Institut européen de l’université de Genève, auteur de Où va le Monde arabe ?, Hasni Abidi voit, dans la destitution de l’ancien président Morsi, un «coup d’Etat». Il avait prévu «le scénario algérien» au lendemain de la victoire du représentant des Frères musulmans.


- Comment peut-on qualifier la destitution du président égyptien ? Coup d’Etat, redressement démocratique... ?

Du point de vue juridique et politique, il s’agit d’un coup d’Etat quand le pouvoir en place, en l’occurrence issu des urnes, est déposé et lorsqu’on annule et suspend une Constitution. L’armée égyptienne, à l’instar des armées arabes, tient scrupuleusement au formalisme dans son coup de force. Elle a pris toutes les précautions pour assurer habilement un habillage acceptable. La mobilisation de la rue, le 30 juin, et les consultations tous azimuts ont facilité leur action. Bref, c’est un coup d’Etat pour renvoyer tout le monde à la case départ.

- Comment l’Egypte en est-elle arrivée là ?

D’abord l’ambiguïté entre le parti islamiste Liberté et justice et les Frères musulmans. Cette confrérie, toujours interdite officiellement, secrète sur son fonctionnement, gouverne de facto la vie politique. L’incapacité de Morsi à s’affranchir de la confrérie et de son parti l’a rendu aveugle et sourd. Pire, un homme coupé de la réalité. Une réalité devenue explosive. Etranglé par les soucis de la vie quotidienne, le peuple a trouvé dans Morsi et les Frères musulmans le bouc émissaire idéal pour exprimer son ras-le-bol. L’armée, mécontente de la gestion chaotique de Morsi et inquiète d’un risque de révolte populaire, a préféré «crever l’abcès» que de jouer la carte du pourrissement. En Egypte, il est illusoire de gouverner sans le soutien des institutions du pays, même si elles sont archaïques. L’ex-président Morsi a réussi les mettre, tous unis, contre lui, pour s’engouffrer dans une tentation autoritaire. La volonté affichée de sa tutelle de s’exporter a brusqué les monarchies du Golfe, hormis Doha. Sa chute était programmée.

- On ne peut pas s’empêcher de penser à l’expérience algérienne de 1992. Est-ce le même scénario ?

J’avais déjà mentionné, au lendemain de la victoire de Morsi, que l’armée égyptienne était sur les pas de l’armée algérienne. Les militaire égyptiens étaient devant deux options : celle de l’armée turque – rester républicaine et obliger les islamistes à faire des concessions – ou l’option algérienne : intervenir et stopper tout. Finalement, l’armée égyptienne a préféré la moins coûteuse, l’option algérienne, avec une mise à jour. Laisser Morsi au pouvoir le temps d’accumuler des erreurs. Rendre le coup d’Etat nécessaire et utile à la démocratie, ce fut l’argument du mouvement Tamarod. Dans le cas algérien, on a arrêté la démocratie pour «sauver le pays» ; en Egypte, c’est pour redresser le processus de transition.

- Quelle pourrait être la suite des événements, selon vous ?

La gestion de la période de transition déterminera la suite. En cas d’intégration des islamistes, on peut éviter une radicalisation de la scène politique. Il serait suicidaire pour les partisans de Morsi de bouder l’offre de participation. En 80 ans d’existence, seules les élections ont permis aux islamistes de gouverner. 

Rémi Yacine

L’opposition bahreïnie se cherche un second

Trois questions à
Hasni Abidi, spécialiste du monde arabe et chargé de cours à l’Institut européen de l’Université de Genève.

Deux ans après le soulèvement au Bahreïn, quels constats faites-vous ?

Le premier constat est que la société civile bahreïnie reste minée par des divisions confessionnelles. La communauté sunnite pense que l’opposition chiite reçoit ses ordres de l’étranger (ndlr : Iran) en vue de déstabiliser le pays. Aussi, le pouvoir s’entête-t-il à ne pas céder aux revendications de l’opposition parmi lesquelles le départ du Premier ministre au pouvoir depuis 40 ans. L’autre point marquant, c’est que l’opposition n’a pas réussi à surmonter ses clivages religieux.

Quels sont les points d’achoppement dans les négociations entre le pouvoir et l’opposition ?

Il faut souligner que l’opposition a accepté de participer au deuxième round du dialogue national entamé dimanche dernier puisqu’elle avait rejeté le premier round. Le pouvoir lors de ces pourparlers va tenter de faire renoncer à l’opposition la tenue de manifestations et de sit-in. L’opposition pour sa part réclame une enquête au sujet des manifestants tués lors de précédents manifestants. Mais c’est une demande légitime qui, à mon avis, n’aura pas de suite. Le départ du Premier ministre, Khalifa Ben Salman Al Khalifa, reste un point de blocage. Je pense qu’il ne quittera pas son poste puisque tout porte à croire qu’il a plus de pouvoir que le roi lui-même. L’autre bloc de revendications concerne la réforme judiciaire, l’instauration d’une monarchie constitutionnelle et un gouvernement issu des urnes. Ce sont des revendications qui touchent à l’existence même du pays. Dans une monarchie constitutionnelle, le roi règne mais ne gouvernement pas. Un schéma obligerait le roi à composer avec un Parlement dominé par les chiites, parce qu’ils remporteraient à coup sûr les élections(ndlr:70% de population du pays). Je ne pense qu’il soit prêt à cela. Aussi, Manama n’est seul à prendre toutes les décisions. Il y a une forte influence de l’Arabie saoudite, qui d’ailleurs a permis au pouvoir bahreïni de résister au soulèvement dès le début en envoyant des renforts militaires.

Alors dans ces conditions, est-ce que ce dialogue national pourra sortir le pays de l’impasse  ?

Ce cycle de dialogue n’a vraisemblablement pas de chance d’aboutir. Mais il a une valeur pédagogique qui instaure une dynamique de paix. Cela permettra aussi de soutenir l’aile modérée de l’opposition. Je pense qu’à ce stade de la crise, le gouvernement doit tirer les conséquences issues de l’enquête rendue par la commission d’enquête. Il faudrait aussi que le pouvoir soit élargi à l’opposition et également donner une dimension institutionnelle à ce dialogue.

Le Soir 15.02.2013

Analyses

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Syrie : Quels acteurs pour quelle paix envisageable ?

Conférence d’ouverture de Semaine du Monde Arabe 2017 par Monde Arabe - Sciences Po Grenoble. En présence de Salam Kawakibi et Hasni Abidi.
A travers cette conférence il sera tenté d’apporter des clés de compréhensions quant l’avenir de la situation Syrienne. Bien entendu nous traiterons du la situation présente avec un flash back historique sur les genèses de la situation actuelle. Le rôle des acteurs régionaux et internationaux sera bien entendu évoqué ( Russie, Turquie, France, Etats-Unis…).

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